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L’ORNEMENT DES TISSUS
chez les musulmans consiste à ajouter simplement une bordure à leur schimlah, sortede burnous qui paraît répondre, sans la cape, au pallium des Romains, et, avec lacape, au bardocucullus des Gaulois. On sait que par ce dernier mot on désignaitle manteau à la gauloise, c’est-à-dire avec capuchon. (Martial, liv. xiv, épigr. 178.)Cette simplicité du vêtement musulman contrastait singulièrement avec la profusionde dessins et d’ornements que signalent à l’envi, dans les costumes orientaux, lesauteurs contemporains. Anastase le bibliothécaire et Constantin Porphyrogénète, ennous décrivant l’ornementation compliquée des tissus employés de leur temps, nemanquent pas de nous donner la nomenclature des animaux qui formaient le fondde ces riches étoffes; ils nous les représentent toujours posés de la même manière :tantôt seuls, tantôt affrontés et placés dans des figures géométriques, cercles oupolygones. Ce sont, la plupart du temps, des aigles éployées naissant ou essorant,des lions léopardés ou rampants, des ours passants ou dressés, des cerfs sommés ou
ramés, etc., etc.
Le principe religieux qui consistait chez les musulmans à regarder comme uneprofanation la reproduction de la nature animée, leur fit souvent rejeter ce genre d'orne-mentation. L’enlacement des feuillages et des fleurs en enroulements capricieux, lareproduction de figures géométriques les plus compliquées et, au milieu de méandresgracieux et de feuilles finement découpées, ces sortes d inscriptions dont nous avonsdéjà parlé : voilà la véritable expression de l’art arabe au Moyen Age.
Limités dans leurs moyens d’exécution, les artistes byzantins ou musulmans nepouvaient multiplier leurs créations; aussi, sous le rapport du dessin, tournent-ilsinvariablement, les uns et les autres, dans le même cercle, et pourtant les brodeursoccidentaux ne puisent encore qu’à ces seules sources. Mais le moment approche oùs'inspirant des peintres immortels que nous citerons bientôt, la fabrication italiennepourra enfin voler de ses propres ailes et arriver à ce degré de perfection qu’ilsemblait si difficile d’atteindre et qu’il nous paraît impossible de jamais dépasser.
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