L’ORNEMENT DES TISSES
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traité, dont il respectait scrupuleusement les clauses, à livrer exclusivement auxfabricants de la Flandre et de l'Artois les magnifiques lainages de son royaume ;c’est pour cette raison que Philippe de Valois n’appelait plus ce roi d’Angleterreque le marchand de laines. Les Flamands ne pardonnèrent pas au Roi de France unsobriquet qui touchait à une industrie faisant leur principale gloire; aussi, lorsque cedernier, au moment où la guerre éclata , leur fit proposer d’entrer dans son parti,ils répondirent que « la laine de ïAngleterre leur était plus nécessaire que Vamitié dela France ».
La situation prospère d’Arras se prolongea jusqu’à l’époque des troubles desPays-Bas, vers la fin du xvi e siècle; mais, à partir de cette époque si désastreusepour ces riches contrées, l’œuvre atrebate ne fait que péricliter; elle se maintientcependant encore jusqu’au siège de 1640, qui fit sombrer, sans exception, toutes sesmanufactures.
« Si quelque chose peut consoler Arras d’une perte aussi grande », dit M. l’AbbéVan Drivât dans un mémoire lu à la Sorbonne en 1864, « c’est de voir quelle a« pour lui succéder un grand nombre de villes importantes en France et en Belgique, etet surtout d'avoir été la source principale d’où sont sortis et l’idée et en partie lestt moyens d'un établissement qui est aujourd’hui sans rivaux possibles en Europe :la Manufacture des Gobelins. »
Les tapissiers de Paris ne cherchent déjà plus depuis longtemps à imiter leurscompères d’Arras, ils donnent à leur œuvre ce cachet artistique, qui leur est toutpersonnel et dont ils ont seuls le secret. Nous trouvons dans les comptes du RoiRéné, publiés d’après les originaux des Archives nationales, par M. Lecoy de laMarche, «le paiement, en 1442, ! d’une somme de 71 livres, 8 sols, 4 deniers, pour« certaines tapisseries aux armes d’Anjou achetées et commandées à Paris et destinées à« la Chambre des Comptes d’Angers >1. D'autres achats importants faits aux tapissiers deParis sont énoncés dans ces documents. Quand on connaît la passion du Roi Rénépour les choses d’art, il est tout naturel de penser qu’il ne trouvait que chez lesParisiens cette façon particulière, ce sentiment de bon goût que possèdent seuls lesartistes d’élite. C’est à Paris qu'il fait faire « au prix de 4,000 livres tournois, une" chambre blanche de satin, à devise de faucons et autres oyseaulx volans, garnie decf six tappiz de laine, chascun de vingt une aulnes en carré ». Louis II, père deRéné, qui continua et légua à son fils les traditions de luxe de son propre pèreLouis I er , avait fait venir de Paris toutes ses riches et admirables tapisseries. Unarticle de l’inventaire du Duc de Berry, de 1416, signale également: « deux tappizcf vers de l’ouvrage de Paris. » Tandis que les tapissiers d'Arras maintiennent leurancienne et solide réputation, et que « l’œuvre de Paris » attire à elle les espritsdélicats, les brodeurs de Tours deviennent de véritables artistes, dont l’aiguillerivalise avec le pinceau des enlumineurs. L’or, l’argent, la soie, les perles sontmis en œuvre par eux avec un art admirable. Les rares débris de leurs travauxvenus jusqu’à nous font encore aujourd’hui l’étonnement et l’admiration des plushabiles ouvriers. A côté de l'art du brodeur, l'industrie de la soie, introduite àTours par Louis XI, y prit, dès le commencement, une place très importante. Ceprince qui se plaisait si fort sous ft le beau ciel de la Touraine » et qui portait