ILE-DE-FRANCE.
6 )
Beauvais comme partout ailleurs, à partir du règne de Henri II, la brique etla pierre deviennent presque les seuls matériaux de construction. C’est l’époqueoù Guillaume Petit, un habile architecte, se fait le champion des ordres clas-siques et enfante des prodiges de stéréotomie. Sous ce double rapport, lamaison qui se voit encore dans la rue de la Frette mérite d’être citée ; elle futbâtie en 1562, et la trompe, sur le coin, passa longtemps pour un chef-d’œuvre 1 .
Quiconque s’est occupé d’études semblables aux nôtres sait combien il estdifficile de reconstruire sur des bases solides la biographie de certains artistes,de discerner surtout dans les familles privilégiées où, durant plusieurs généra-tions, le talent s’est transmis comme un héritage, ce qui appartient à chaquemembre, de répartir, en un mot, équitablement son admiration. Ce n’est pastoujours que les éléments d’investigation fassent complètement défaut, maisl’histoire est si souvent obscurcie par la légende, qu’un sérieux travail dedestruction est en quelque sorte l’accompagnement obligé de toute recherchede la vérité.
Par exemple, y a-t-il eu successivement à Beauvais trois architectes dunom de Jean Vast ? Nous ne sommes pas en mesure de l’affirmer. Deux seule-ment jusqu’ici sont parfaitement connus 2 , et quant au dernier, son existencepourrait bien avoir étç supposée pour expliquer le passage suivant d’un écrivaindu xvn e siècle : « On prétend que l’un des Vaast ayant été travailler à Parissous Philibert de l’Orme, qui avoit apporté les plus beaux desseins d’Italie, etqui avoit entrepris le grand escallier des Thuilleries, en ovale, à noyau vuide detrois toises sur le grand diamètre, et de deux sur le petit, voyant son maîtreembarrassé, il luy montra le moyen d’en venir à bout, et que le maître futobligé de lui en abandonner la conduite, ce qui ne fit pas d’honneur au maître,plusieurs personnes ayant sçu que l’honneur étoit dû à l’appareilleur ; et del’Orme croyant pouvoir s’en passer et achever l’ouvrage sur le dessein queVaast avoit tracé dans la salle des Gardes, où il passa une partie de la nuità effacer son trait et se sauva aussitôt, ce qui fut cause que le reste n’approcha
1. Cette maison s’appelait autrefois, nous ne savons pourquoi, Maison du Pont-d'Amour.
2. On lisait autrefois dans la cathédrale :
CY GIST IEHAN VAST, MAISTRE MAÇON EN l’eGLISE DE CEANSLEQVEL DECEDA LE 3 e IOVR DE NOVEMBRE l52.rj.
ET A VS SI IEHAN VAST, SON FILS, QVI DECEDA LE ... NOVEMBRE
1581.
Nous n’ajouterons rien à ce que nous avons déjà dit du second architecte; le premier est souvent mentionné dansles Comptes municipaux, et nous savons, en outre, qu'il travailla, sous les ordres de Martin Chambiges, au transsept dela cathédrale.
>7