ILE- DE-FRANCE.
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Il y a là certainement une difficulté qu’il eût fallu résoudre tout d’abord 1 .
Du reste, puisque 1 occasion s en présente, nous ne sommes pas fâché de
dire que Fra Giocondo ne fut pas, à proprement parler, ce que nous appelons
un architecte; la qualification d’ingénieur lui conviendrait beaucoup mieux,quelle que soit la confusion qui existât alors entre les deux professions AVenise, à Paris, à Vérone et dans les différents lieux où il se montre successi-vement, il élève des fortifications, il construit des ponts, il creuse des canaux,
il découvre le moyen de lutter contre l’affouillement des eaux, mais jamaisnous ne le trouvons dirigeant les travaux d’un grand édifice, faisant, en unmot, œuvre d’artiste en même temps que de constructeur. S’il donna les plansd’un nouveau quartier à élever sur l’emplacement de celui du Rialto incen-dié, on ne saurait s’autoriser de ce fait pour contredire notre assertion. Encoremoins le concours qu’il prêta à Raphaël, chargé, après la mort de Bramante,de poursuivre l’achèvement de Saint-Pierre, fournirait-il des armes contre nous,puisque tout se borna, au dire de Vasari, à la consolidation d’un édifice qui, bâtiavec trop de précipitation, menaçait ruine de divers côtés 2 . Nous n’ignoronspas, il est vrai, que le même auteur, après avoir parlé de la construction dupont Notre-Dame, ajoute ces mots : « Fra Giocondo fit pour Louis XII, danstout le royaume, quantité d’autres ouvrages; mais il suffit d’avoir mentionnéle plus important 3 . » D’où il faut conclure, à notre avis, que l’on a fait jusqu’icifausse route en attribuant au moine italien des châteaux comme Gaillon ou despalais comme celui de la Chambre des Comptes 4 ; les travaux qu’il exécuta dece côté des monts ne pouvaient à ce point différer de ceux qu’il a laissés danssa patrie, et quand bien même la phrase citée plus haut ne nous l’indiquerait pas,le simple bon sens suffirait pour nous en avertir.
On objectera peut-être que Vasari appelle quelque part Fra Giocondo« un homme universel ». Nous ne le nierons pas, mais il faut examiner aussidans quelle circonstance le grand historien des arts s’est exprimé de la sorte.Il s’agissait uniquement pour lui de montrer que son héros, en s adonnant
1. D’autant plus que M. Houbigant fixe, avec beaucoup de vraisemblance, le commencement des travaux de Sarcusen 1520.
2. « Furono cavate, con giusto spazio dall’ una ail’ altra, moite bûche grandi a uso di pozzi, ma quadre, sotto i fon-damenti; e quelle ripiene di muro fatto a mano, furono, fra l’uno e l’altro pilastro ovvero ripieno di quelle, gettati archifortissimi sopra il terreno inmodoche tuttalafabricavenne ad esser posta senza che se ravinasse. » Vasari : Vita di Fra Jocondo.
3. Voir, sur le pont Notre-Dame, un article de M. Leroux de Lincy, dans la Bibliothèque de l'École des chartes ,2 e série, t. II, p. 38.
4. « L’architecture en était attribuée à l’Italien Jean Joconde. Mais l’aspect de l’édifice, son ornementation ec sesgrands combles d’ardoise accusaient une origine française. » De Guilhermy, Itinéraire archéologique de Pans, p. 307. Lepalais de la Chambre des Comptes fut détruit par un incendie, en 1737-