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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
château, qui ne tenait « parfaitement de l’art antique ne moderne, maisdes deux meslez ensemble 1 ». Notre curiosité, toutefois, est loin d’être satis-faite, car nous voudrions savoir quels artistes employa le père du grandconnétable, le baron Guillaume de Montmorency 2 3 , lorsqu’il résolut, presqueau début du règne de François I er 3 , de transformer l’antique demeure de sesaïeux. Or, sous ce rapport, les conjectures ne sont même pas permises, car sinous possédons les éléments nécessaires pour reconnaître le style général desrestaurations qui accusent la première Renaissance, il nous manque la vuetout au moins de quelque partie du monument qui permette d’établir despoints de contact et de faire d’utiles rapprochements. C’est en pratiquant cetteméthode qu’après avoir déterminé exactement la date de construction dupetit château, nous comptons arriver à nommer l’architecte auquel il est dû.
Bien que l’histoire fasse mention de deux disgrâces d’Anne de Montmo-rency, il n’est généralement parlé que de la première, dont la longue durée 4permit au grand connétable de porter le château d’Écouen presque à sonentière perfection. 11 ne restait donc plus rien à faire de ce côté, lorsqu’à lamort de Henri II des intrigues de cour réussirent à éloigner de nouveau leplus illustre serviteur de l’État. Mais un homme tel que Montmorency nepouvait rester longtemps dans l’inaction; aussi n’est-il pas étonnant qu’il aitsongé promptement à renouveler les merveilles qui avaient, quelques annéesauparavant, ajouté à son nom la seule gloire qui lui fît encore défaut. Lachose était d’autant plus facile, du reste, que Jean Bullant, le célèbre archi-tecte dont il avait en quelque sorte deviné le génie, se trouvait, de son côté,dégagé de ses fonctions de contrôleur des bâtiments royaux et rendu à sapleine liberté. Sans entreprendre une construction aussi colossale que la précé-dente, il était possible de créer de toutes pièces quelque édifice remarquable,et c’est alors, croyons-nous, que fut conçue l’idée des embellissements deChantilly. Remanier encore le château, il n’y fallait pas penser, mais au-des-sous de la demeure féodale rajeunie par son père, rien n’empêchait le conné-table de faire surgir du sein des eaux un de ces petits palais enchantés dont sonhabile architecte trouverait bien le secret. Le calme de la nature se marieraitadmirablement avec la sévérité des lignes, qui était l’objet des recherches du
1. Du Cerceau, id.
2. La baronnie de Montmorency ne fut érigée en duché qu'en 1551, par lettres patentes données à Nantes, en faveurdu grand connétable. Cf. André Du Chesne, Généalogie de la maison de Montmorency.
3. De 1520 à 1530, très probablement.
4. De 1541 à la mort de François I er , arrivée le 31 mars 1547.