LA RENAISSANCE EN FRANCE.
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maison de Condé 1 . C’est alors, suivant nous, que la galerie d'entrée fut abattueet l’enveloppe extérieure reprise dans sa plus grande partie. Mais là se bornal’action du moment, et l’avant-dernier propriétaire, M. le comte Delamarre,ne partage avec personne la responsabilité des mutilations que nous avonsrappelées plus haut 2 .
A Marchais comme à Anizy, pour des motifs qu’il est inutile de rechercherici, rien n’avait été conservé des constructions précédentes. Les deux châteaux,parfaitement homogènes dans leur développement, ne rappelaient qu’une périodetrès restreinte de l’histoire de l’art, et le même architecte avait eu l’avantagede les porter rapidement l’un et l’autre à un entier achèvement.
Tout autrement se passèrent les choses à Fère-en-Tardenois 3 , où Anne deMontmorency, à peine en possession de la sombre forteresse élevée, dans lapremière moitié du xm e siècle, par Robert de Dreux et Jean de Bretagne 4 5sur un mamelon gigantesque artificiellement détaché de la colline avoisinante s ,fit éventrer les tours 6 et ouvrir dans les courtines des jours larges et nom-breux. A l’intérieur, la transformation fut plus complète encore. Il ne demeuraà peu près rien debout de tout ce qui constituait le monument primitif, etsur ce terrain déblayé, on disposa de nouvelles constructions plus riantes
1. En 1688, par la mort de Marie de Lorraine, duchesse de Guise. Le château de Marchais, un demi-siècle plustard, en 1738, fut vendu par les Condé à un simple gentilhomme, René Binet, premier valet de chambre du dauphin, quile laissa à son fils en 1753. De nos jours, la belle demeure de Jean de Longueval, après avoir appartenu à divers proprié-taires, a été acquise, en 1854, par Son Altesse sérénissime le prince régnant de Monaco.
2. L’intérieur du château, entièrement remanié vers 1840, ne présente absolument aucun intérêt. Aussi, ne nousexpliquons-nous pas l’enthousiasme de M. Lecocq, qui y retrouve « tous les souvenirs d’autrefois ». Pour nous, en dehorsde trois belles tapisseries datées de 1534 et qui figurent les Ages de la vie , nous n’y avons remarqué que des arrangementsmalheureux, inspirés par l’école romantique de la première moitié du siècle.
3. Le château n’est pas situé dans la petite ville de ce nom, mais à plus d’un kilomètre au nord, sur la route deBraisne.
4. Le château de Fère fut donné en 1528 à Anne de Montmorency par François I er et Louise de Savoie,sa mère. Ses parties les plus anciennes remontaient à l’année 1206, époque à laquelle Robert II, seigneur de Fère,petit-fils de Louis le Gros, obtint de Blanche, comtesse de Champagne, l’autorisation de se bâtir une forteresse. Lesconstructions, toutefois, ne furent terminées qu’en 1239, par Jean de Bretagne, fils du célèbre Pierre de Dreux, ditMauclerc , et petit-neveu de Robert II. Cf. Duchesne, Généalogie de la maison de Montmorency , p. 277. — Les Gloiresarchéologiques de P Aisne , par l’abbé Poquet. Fère-en-Tardenois, p. 10, 12 et 15.
5. « Au centre de son immense propriété, non loin de sa maison de Fère, il (Robert de Dreux) trouva, au milieu dece sol tourmenté, comme une langue de terre qui, partant du flanc de la colline, s’allongeait en se rétrécissant en face deses viviers, et dominant toute la plaine au sud, à l’ouest et au nord. Cette position, choisie d’après les principes de lastratégie alors en usage, lui parut réunir toutes les conditions d’une bonne forteresse, sans exiger d’énormes dépenses... Ilne s’agissait que d’isoler par une tranchée profonde ce mamelon de la colline à laquelle il se rattachait, de creuser autourun large fossé, de le revêtir d’un puissant glacis et de le couronner de tours formidables. C’est ce que l’on fit... Cestravaux devaient donner de l’assiette au château et en faciliter la défense. Sur la crête de cette éminence conique fut assisela forteresse, qui consistait en un assemblage de sept tours et d’un donjon au milieu. » L’abbé Poquet, op. cit. } p. 11.
6 . Les tours de la Fère présentent une particularité remarquable qu’il n’est peut-être pas inutile de signaler à cetteplace. A une faible élévation au-dessus du sol, sur deux rangs d’assises, les pierres, posées obliquement, décrivent enplan une série de chevrons brisés qui avaient, peut-être, pour but, de faire ricocher les masses pesantes jetées de la partiesupérieure.