Band 
Tome III.
Seite
134
JPEG-Download
 

LA RENAISSANCE EN FRANCE.

i}4

III

Assurément il est bon de détruire certaines légendes, mais à la condition,toutefois, de mettre à leur place quelque chose de vraisemblable, sinon d’absolu-ment sûr. Or tel n’est pas le résultat, croyons-nous, des discussions engagées,depuis tantôt dix années, au sujet des célèbres sculptures de Solesmes. Ellesne sont pas italiennes, nous le voulons bien, et la tradition a tort de lesattribuer à trois artistes d’outre-monts, venus, à la suite d’un crime commis dansleur patrie, chercher un refuge sur les bords de la Sarthe 1 . Mais peut-on avec plusde raison en faire une œuvre flamande ou lorraine ? Sur quoi se fonde-t-on pourévoquer les noms, d’un côté, des frères de Vriendt 2 , de l’autre, de Ligier Richier^?Les points de ressemblance font défaut autant que les documents, et c’est seulementen accumulant des assertions gratuites, basées le plus souvent sur de singulièresdistractions, que l’on parvient à faire quelque illusion relativement au soulè-vement du voile dont l’origine de ces œuvres d’art se trouve malheureusementenveloppée.

Si nous en croyons l’auteur de la première opinion, celle qui fait honneuraux ateliers d’Anvers des sculptures du transept nord, la France, au milieu duxvi e siècle, ne possédait plus d’artistes travaillant sous une même direction, etcomme, pour l’exécution d’une œuvre aussi compliquée, on ne pouvait compter surdes efforts isolés, force était bien de se tourner vers le pays où subsistaient encoreles anciennes coutumes. N’était-ce pas ainsi que les choses s’étaient passées à Brouquelques années auparavant, et, tout d’un coup, n’avait-on pas vu des Flamandssuccéder en grand nombre aux survivants de l’école de Tours? D’ailleurs, cet

1. Le choix de la contrée est expliqué par le désir de contempler le magnifique groupe de la Mise au tombeau quidéjà, depuis quelques années, attirait l’attention sur Solesmes. En présence de ce chef-d’œuvre, les trois artistes auraient,dit-on, manifesté un tel enthousiasme que le prieur, — Solesmes était une dépendance de l’abbaye de la Couture du Mans,devinant à qui il avait affaire, se serait empressé de leur confier l’exécution du monument qu’il rêvait pour compléterl’embellissement de l’église.

2. Corneille et Frans. Cf. les Sculpteurs de Solesmes , par E. Cartier. Le Mans, 1877.

3. LesRichier et leurs œuvres , par l’abbé Souhaut, 1883.