LE MAINE.
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appel à l’étranger n’a rien qui doive paraître extraordinaire, puisque partout,dans les provinces de l’ouest, il en était à peu près de même. Rien qu’à lacathédrale d’Angers, nous trouvons, en même temps qu’un « tombeau trèsremarquable sculpté par un artiste italien », les statues de saint Maurice et<Je ses compagnons « copiées sur des soldats allemands par quelques-uns deleurs compatriotes 1 ».
Tout ce beau raisonnement pèche malheureusement par un point. Avantmême que Michel Colombe eût cessé de vivre, Marguerite d’Autriche, fatiguéedes agissements de Jean Perréal, s’était déjà adressée à des artistes flamands 2 . Ladétermination de cette princesse n’a rien à voir avec l’état de la sculpture enFrance à la fin du règne de Louis XII. C’est une question de ménage, pour ainsidire, et nous ne saurions nous étonner qu’ayant à faire un nouveau choix, ellese soit tournée vers Bruges et Anvers. N’était-elle pas gouvernante des Pays-Baset comme telle, sans doute, fortement en butte aux obsessions des artistesflamands? Mais on admettra volontiers qu’il n’en pouvait être de même duprieur de Solesmes, Jean Bougler. Celui-là n’avait aucune raison de s’adresser àdes ateliers dont l'existence même lui était peut-être inconnue. De plus, il y aune question matérielle qui semble contredire tout ce qu’on s’est permis d’avancer.Les frères de Vriendt faisaient venir leur pierre des environs de Caen 3 , tandis quecelle employée à Solesmes a très certainement une origine tourangelle 4 . L’erreurcommise n’est comparable qu’à celle qui fait attribuer à des Allemands l’œuvrede deux Angevins parfaitement authentiques. Si notre critique transcendant sefût seulement donné la peine, nous ne disons pas de compulser les archives, maisde lire les documents publiés avant lui, il eût appris que les huit statues placéesau pignon de la cathédrale avaient été, suivant devis arrêté en 1537, exécutéespar des imagiers dont nous aurons bientôt à parler plus longuement et quise nommaient Jean Giffard et Jean des Marais 5 .
Restent les points de comparaison cherchés en Belgique et que l’on pré-sente comme des arguments décisifs. Mais là encore nous sommes obligé designaler la plus étonnante légèreté dans la manière de fournir ses preuves. Il
1. E. Cartier, op. cit. ; p. 79 et 86.
2. L’arrivée de Van Boghen à Brou est fixée au mois d’octobre 1512.
3- E. Cartier, op. ci/., p. 109.
4. Solesmes et dom Guéranger. par le R.-P. dom Guépin, le Mans, 1876, p. 52.
5- Cf. Péan de la Tuillerie, p. 58 et 517 ; — le Maine et PAnjou } t. II. Le plus plaisant de la chose, c est quedom Piolin, bénédictin de Solesmes, oubliant qu’il avait lui-même publié les documents auxquels nous venons de faireallusion (second ouvrage cité, article sur la cathédrale d’Angers), n’a pas hésité également a voir la main des Allemands dansles statues en question. Cf. Revue de Part chrétien. 1878.