LA RENAISSANCE EN FRANCE.
n’est pas vrai que le retable de Hal', par exemple, soit de lun quelconque desVriendt 1 , puisqu’il porte, en un endroit très visible, l’inscription suivante 2 :
LAN DE GRACE 1533 POSÉE FVS OFFICIANTDE BAILLE EN CESTE VILLE DE HAVLX. MESSIR BALTHAZAR DE TOBERG.
IEHAN MONE LEMPEREVR
MAISTRE AI FA I CF ( sic) CESTE
ARTISTLE DE ■ , DIT RETABLE.
Quant au tabernacle de Léau 3 , s’il est incontestablement de la main deCorneille Floris, rien ne permet de le rapprocher des sculptures de Solesmes.Le caractère des figures est tout différent, et dans l’ornementation passe unsouffle qui fait du premier monument une œuvre flamande, tandis que le secondse trouve ouvertement rattaché à'la France 4 . Bien plus, nous croyons difficile quedans le même temps l’atelier des Vriendt ait pu suffire à deux commandes aussiimportantes, car, d’une part, il s’agissait de compositions compliquées destinéesà couvrir entièrement les parois d’une vaste chapelle et, de l’autre, la hauteurd’une église de grandes dimensions limitait seule dans son développement pyra-midal ce que l’épitaphe des donateurs appelle pittoresquement « la tour duSaint-Sacrement 5 ». Du moins le jubé de Tournai que l’on invoque en troisièmelieu ne date, tout au plus, que de 1566, et si la manière de disposer les orne-ments et de comprendre la sculpture permettait de s’engager avec quelque sécuritédans la voie indiquée, il y aurait lieu de ne pas opposer trop de résistance. Maistandis qu’à Solesmes nous sommes encore sous l’influence de la première renais-sance, que Jean Bougler a eu visiblement affaire à un esprit tant soit peu attardédans les pratiques d’un autre temps, à Tournai, au contraire, l’avance est consi-dérable, et l’on se croirait presque aux dernières années du xvi e siècle 6 .
1. « Le retable de Hal, dit M. Cartier, est de 1533. Aussi croyons-nous qu’il fauc l’attribuer à l’oncle des deVriendt, Corneille Floris, qui mourut en 1538 ; les neveux étaient trop jeunes alors pour y avoir beaucoup travaillé. Ilest antérieur à la chapelle de Jean Bougler, où nous trouverons à faire bien des rapprochements. » Op. cit., p. 96.
2. Relevée par nous au mois de juillet 1880.
3. Petite localité de la Campine, à six kilomètres de Saint-Trond.
4. Les Belges eux-mêmes, quelque flatteuses qu’elles fussent pour leur nation, n’ont point admis les conclusions deM. Cartier. « A Solesmes, dit le Messager des sciences historiques (i re livraison. Gand, 1882, p. 14), on ne retrouveaucune réminiscence des motifs de décoration que Floris avait employés à Léau et qui donnent, pour ainsi dire, leur cachetaux productions de l’école flamande. Floris aida même à propager ce genre d’ornementation par le recueil qu’il publia àAnvers, en 1556, et ouvrit la voie où le suivit d’abord son frère Jacques, puis Vrendeman de Vriese. Comment peut-ons’expliquer qu’il n’y en ait aucune réminiscence dans un travail qui vient se placer entre ces deux œuvres qui ont tant derapport entre elles ? »
5. Dit sacraments huys hier gestelt. Nous avons publié l’épitaphe entière, en i88r, dans le Bulletin monumental,p. 665.
6. Le chanoine Cousin, qui écrivait vers 1610, n’est pas très explicite sur la question de date, et il se pourrait fortbien, en effet, que le jubé de Tournai fut un peu plus jeune qu’on ne le dit communément. « Le tout, lisons-nous dans son