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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
fiques, le raisin plus doré, les herbages plus épais, les fleurs plus éclatantes, lesarbres plus vigoureux. Même les produits qu’il faut chercher au sein de la terrefournissent matière à des louanges, et bien au-dessus du « marbre dur » estmise « l’ardoise fine ».
Sauf la préférence exprimée en dernier lieu, nous ne voyons pas qu’il v aità reprendre à ce tableau. De toutes les provinces baignées par la Loire, l’Anjouest certainement la mieux partagée au point de vue des dons de la nature. Enmême temps que la richesse on y trouve la variété, et l’œil ne se lasse pas decontempler les beaux et gracieux paysages, tantôt circonscrits par de brusquesrelèvements dans un espace assez étroit, tantôt, grâce à de molles ondulations, sedéroulant à l’infini. De chaque côté du grand fleuve qui, vers le milieu, rouleses flots dans une vallée légèrement sinueuse, la végétation, partout aussi luxu-riante, témoigne d’une rare fécondité du sol et l’on comprend qu’avec les res-sources mises à leur disposition, des chefs habiles aient pu faire jouer à une con-trée relativement peu étendue le rôle brillant dont l’histoire nous entretient.
Sans remonter jusqu’aux Plantagenets, qui réunirent sous leur dominationl’héritage de Guillaume le Conquérant et celui d’Éléonore d’Aquitaine, ne voit-onpas, durant la dernière période, les maîtres de l’Anjou non seulement s’implanteren Provence, mais encore à Naples et en Sicile ? Comme les Normands jadis,ils cherchent à se créer une grande domination dans l’Italie méridionale etla résistance qui leur est opposée ne semble pas arriver à les lasser jamais 1 . Nousne parlons pas des cadets envoyés en Hongrie 2 , des prétentions sur la Lorraineet le duché de Bar, voire même sur l’Aragon et Jérusalem. Aussi, dans ces con-ditions, les déplacements étaient-ils continuels et l’on ne voyait que rarement levieux château des bords de la Maine abriter ses puissants possesseurs L
Ce qui précède pourrait faire supposer que la Renaissance eut toute faci-lité de pénétrer en Anjou, pour ainsi dire, dès son apparition. Des princes qui,parfois durant plusieurs années, prolongeaient leur séjour au delà des Alpes,n’étaient pas sans remarquer la transformation opérée autour d’eux. Le plussouvent, après avoir débarqué à Gênes, ils prenaient la route de Florence, tra-versant ainsi, pour se rendre dans l’Italie méridionale, la province la plus
x. Le roi René ne quitta définitivement Naples qu’en 1442 ; Charles I er y était arrivé en 1266.
2. Charles-Martel, second fils de Charles II, comte d’Anjou, commença en 1255 la dynastie hongroise qui se conti-nua brillamment par son fils Charles-Robert (1308-1342) et son petit-fils Louis I er dit le Grand (1342-1382).
3. Cf. Lecoy de la Marche, le Roi René , sa vie et son administration, etc., t. II, pièces justificatives, p. 437~497-Cet auteur, à l’aide de documents authentiques, a montré, dans une sorte de tableau, la vie mouvementée du plus connudes princes angevins.