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Tome III.
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L’ANJOU.

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avancée dans le mouvement. Du reste, à Naples même, avec une œuvre admi-rable due au double talent de Donatello et de Michetozzo 1 , l’art nouveau avaitdéjà pénétré en 1427 2 3 . Un an plus tard, l’histoire signale l’arrivée du sculpteurflorentin Giovanni di Miniato, surnommé Fora, qui se distinguait par son amourpassionné de l’antiquité et ne prisait rien tant qu’une statue et un sarco-phage b Cet artiste prolongea son séjour jusqu’en 145}, soutenu sans aucundoute par la faveur publique. Au premier abord, on ne laisse donc pas d’éprou-ver une grande surprise lorsqu’on voit l’Anjou demeurer indifférent au chan-gement dont, plus que tout autre pays, il était à même de profiter. Mais pourcela, chez les gouvernants, en même temps qu’une remarquable largeurd’esprit, il eût fallu une certaine élévation d’idées, le dégagement surtout desmoindres préoccupations personnelles. Un chef d’État qui sait manier l’équerreou le pinceau doit être bien fortement trempé pour ne pas ressentir la tenta-tion de faire prévaloir son goût et triompher ses préférences. Les flatteursaidant, d’ailleurs, il se croit facilement un mérite supérieur à la réalité et, sil’on veut lui plaire, l’obligation s’impose de rester sous le joug. Ce qui sem-blait devoir être d’un puissant secours devient au contraire une source d’en-traves et l’occasion de jouer un rôle glorieux, une fois perdue, ne se retrouveplus jamais.

Nous venons de faire allusion, on l’a facilement deviné, au célèbre roiRené. Ce prince, quoi qu’en aient dit ses panégyristes, n’exerça autour de luique la plus funeste influence et, dans un moment où il fallait avoir le cœurhaut et l’esprit éveillé, son amour de la routine et une certaine tendance àne voir les choses que par le petit côté paralysèrent les meilleures volontés. Deuxséjours en Italie, dont l’un dura presque cinq années 4 , demeurent sans effet.René ne s’aperçoit pas ou fait comme s’il ne s’apercevait pas de l’évolutionqui s’accomplit sous ses yeux non seulement à Naples, mais à Florence, Pavie,Crémone et Plaisance 5 . Ainsi que nous l’avons démontré précédemment, c’est àl’instigation de Charles d’Anjou, comte du Maine, que Francesco Laurana, en1461, franchit pour la première fois les Alpes 6 . De même, en 1473, est-ce leneveu du roi, après son frère, qui rappelle le sculpteur italien. René, le tom-

1. Tombeau du cardinal Brancacci, dans l’église San Angelo a Nilo.

2. Perkins, les Sculpteurs italiens, t. II, p. 71.

3. La Renaissance en Italie et en France à Vépoque de Charles VIII, par Eug. Müntz, Paris, 1885, p. 424.

4. Du 15 avril 1438 au 20 octobre 1442.

5. René séjourna à Florence du 19 juillet au i cr octobre 1442. En 1453, il passa deux mois à Pavie, huit jours àCrémone et trois semaines à Plaisance.

6. Voir plus haut, p. 114.

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