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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
beau du Mans terminé, se contente de profiter du séjour de Laurana à Mar-seille 1 pour lui commander, de compte à demi avec les Célestins d’Avignon 2 ,le retable aujourd’hui conservé dans l’église Saint-Didier. C’est par pur hasardqu’il contribue à l’exécution d’une œuvre conçue dans le nouveau style etvainement chercherait-on ailleurs quelque autre infraction à une règle poséedès le début.
Le roi René, en fait d’art, préférait surtout ce qui revêtait un caractèreprécieux et quintessencié. Jamais on ne vit autant multiplier les devises nijouer avec le sentiment de crainte que la mort a coutume d’inspirer. Qui lecroirait ! Pour se construire un tombeau, il n’attend pas les dernières années desa vie; mais c’est à peine âgé de trente-cinq ans, qu’à cet égard ses dispositionssont prises. Les travaux, du reste, marchèrent si lentement, faute de ressourcesdisponibles, que, commencés en 1444, ils n’étaient pas encore terminés aumoment décisif, c’est-à-dire en 1480 h Les deux Poncet 4 , Jacques Moreau etColin de Hurion purent s’y dépenser tout à l’aise, sans compter Coppin Delf quiajouta à certaines parties le charme de la couleur.
Ce fastueux tombeau n’existe plus*, mais nous pouvons nous en faire uneidée, grâce aux descriptions minutieuses qui ont été conservées. Au lieu de lais-ser aux statues des gisants leur noble simplicité, on les avait surchargées d’orne-ments en bronze, voire même en verroterie 6 . Puis, détachés du monument prin-cipal et formant autour de lui comme un demi-cercle, s’étalaient de nombreuxbas-reliefs que surmontaient un tableau et un reliquaire. Tout cela, il fautl’avouer, est bien compliqué et difficilerûent y pourrait-on trouver matière àvanter le goût du roi René. A force de vouloir faire riche, on n’est parvenuqu’à produire un fâcheux effet d’entassement, et l’esprit, pour se consoler, chercheen vain quelque indice d’une prochaine métamorphose. L’ornementation setraîne dans l’ornière du gothique flamboyant et nul ne soupçonnerait quel’inspirateur de l’œuvre 7 a été témoin du magnifique réveil d’outre-monts.
Le roi René, qui aimait à changer de place et s’enthousiasmait facilement
r. La présence de Laurana esc constatée à Marseille en 1475. ^ commence alors la chapelle Saint-Lazare, à lacathédrale, qu’il devait terminer huit ans plus tard.
2. Lecoy de la Marche, le Roi René, etc., t. II, p. 195.
3. Lecoy de la Marche, op. cit t. II, p. 20.
4. Jean et Pons.
5 . Les chanoines en avaient déjà préparé la ruine en 1783, mais sa destruction complète ne date que de la grandeRévolution.
6. Comptes et mémoriaux du roi René, Paris, 1873, n os 159 et 162.
7. La part prise par René à la conception du monument est indéniable; tous les historiens l’ont reconnu avec
raison.