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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
par Catherine Fumée, petite-fille d’Adam Fumée, grand-chancelier de France,
à la mémoire de François Palustre, seigneur de Chambonneau, son époux 1 .
Les tombeaux de Thouars méritent de nous arrêter un instant. Suivant toutes
probabilités, ils commencent la série des œuvres du même genre dues au ciseau
de Martin Cloistre 2 , qui ne semble guère être arrivé à Blois avant 1517, puisquedes documents nous le montrent, en 1515, acceptant encore dans sa ville natale
la commande de huit statues 3 . A cette date le maître n’était guère âgé que
de trente-sept ans, si nous en croyons son dernier biographe qui le fait naître
Quoi qu’il en soit, du reste, le marché conclu avec François
« vers
d’Availloles, seigneur de Négron, au nom de « messire Loys de la Trémoïlle »
porte la date du 6 décembre 1519 et, bien qu’il fût question de « trois
marbre que d’allebastre 5 », tout l’ouvrage devait être terminé
en une année 6 . Il est vrai que ce délai ne tarda pas à être prolongé de quelquesmois à la suite du désir exprimé par le vicomte de Thouars, de voir sa belle-fille, Louise de Coétivy, figurer à côté de son fils Charles, prince de Talmont,tué prématurément à Marignan 7 .
Le marché, beaucoup moins détaillé que celui relatif à la tombe de Guil-laume de Montmorency 8 , n’indique pas comment Martin Cloistre devait com-
prendre, sur chaque face du pourtour, la décoration des piliers et des niches,
mais, grâce à deux séries de dessins exécutés au siècle dernier 9 , nous savons à
1. François Palustre, qui commandait une compagnie de chevau-légers, trouva la mort dans l’affaire de Cenon, près
Châtellerault, le 7 février 1591. « Son tableau, dit Thibaudeau, à l’église Saint-Didier de Poitiers, le représente à genoux,armé de cuirasse, brassards et cuissards, son casque et gantelets à ses pieds, ayant au-dessus du tableau la cornette de sacompagnie. On lit au bas une épitaphe en vers latins, qui rappelle ses faits d’armes et son extraction. » ( Histoire du Poitou ,1788,1. VI, p. 363.) La famille Palustre conserve encore dans ses papiers un dessin du bas-relief de Saint-Didier, exécutéen 1719.
2. Tombeaux du maréchal de Châtillon, de Charlotte d’Albret, duchesse de Valentinois, de Guillaume de Montmo-rency, père du connétable. A peine venait-il de passer marché pour ce dernier que la mort le frappa en 1524.
3. M. Maignien [op. Cit. } p. 98) a cru qu’il s’agissait d’un tombeau ; c’est une erreur, le document ne parle que destatues isolées les unes des autres : ...ad sculpendum, componendun et faciendum ymagines sequentes pulcras et recep-tibileSj etc. Chaque statue devait avoir quatre pieds de haut sans labase.
4. Edmond Maignien, op. cit., p. 97.
5. Chartrier de Thouars , 1877, p. 35. A propos du troisième tombeau, celui du prince de Talmont, le marchédonne d’intéressants détails sur les matières employées. « Et sera, y est-il dit, le soubassement de marbre noir de Tournayet l’allebastre et marbre blanc du Dauphiné. »
6. « Et faire la dicte besongne bien, duement et convenablement, au die des gens en ce cognoissans, dedans un anprochain venant, pour le prix et somme de mil livres tournois, deux pipes de vin et six septiers de blé mestail, mesure deThouars. # Cinq ans plus tard, Martin Cloistre demandera huit cents livres tournois pour le seul tombeau de Guillaumede Montmorency, ce qui fait une différence sensible de prix.
7. La largeur du tombeau fut alors portée de deux pieds et demi à quatre pieds, et le nombre des génies placésdans des niches au pourtour, qui était primitivement de dix, se vit élevé à douze.
8. Bibliothèque de l’Ecole des chartes, 3"“ série, t. II, p. 274.
9. Les uns par Gaignières (cabinet des estampes), les autres par Beaumesnil (bibliothèque de Poiciers). M. le ducdelà Trémoïlle a reproduit les premiers dans son Chartrier de Thouars , pp. 35, 36, 54 et 214.