LE POITOU.
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Du reste, comme le château de Bonnivet, grâce à l’application des étrangesprincipes inaugurés au Verger par le cardinal de Rohan r , a subi une destructionsi complète, qu’eri vain chercherait-on à se faire une idée de son architecture 1 2 ,l’état de choses en question est moins regrettable. Nous savons — et c’est là leprincipal — qui a sculpté les admirables morceaux recueillis dans différents muséeset collections particulières 3 . La perfection du dessin et la finesse de l’exécution,en bien des cas, ne sauraient aller plus loin. François Cherpentier a eu l’heureusechance d’avoir sous la main une pierre qui, par son grain ferme et toutes les faci-lités qu’elle prête à la ciselure, peut entrer en comparaison avec le marbre. Aussien a-t-il tiré des effets merveilleux et certains rinceaux 4 5 , certaines arabesques,certains culs-de-lampe 51 , l’emportent sur tout ce qui a été fait dans le mêmegenre, aussi bien à Gaillon qu a Dol, à Blois qu’à Saint-Denis 6 .
Le château d’Oiron, de même que celui de Bonnivet, a été commencé peu detemps après l’avènement de François I er , c’est-à-dire probablement en 1516. Maisles travaux ne furent pas d’abord poussés bien loin, car le grand maître de France,Artus Gouffier, étant venu à mourir le ïj mai 1519, sa veuve, Hélène deHangest, ainsi que nous l’avons vu plus haut, porta uniquement son activité sur lacollégiale. A proprement parler, cette première époque n’est représentée quepar le rez-de-chaussée de la longue aile de gauche où l’on voit encore, entredes arcades aux moulures prismatiques, des colonnes contournées en spirale. Lefils d’Artus, Claude, ne reprit le travail interrompu que peu de temps avant lamort de sa première femme, Jacqueline de la Trémoïlle, car, saufà la partie inférieure de l’escalier, on trouve partout enlacés nonpas un C et un I, mais un x et un $ ou un C et un F, suivantque l’on se sert de caractères grecs ou latins. Or ces derniers monogrammes nepeuvent être antérieurs au mariage du grand écuyer avec Françoise de Brosse,
1. Voir plus haut, p. 180. Ne voulant pas qu’après lui personne pût habiter le château, Charles-Louis-Henri Chas-teigner le vendit à un nommé Curieux, qui s’engagea, par acte du 4 janvier 1788, à le démolir aussitôt.
2. Sauf à la partie postérieure où existe encore une longue série d’arcades à moitié engagées dans les murs d’uneferme, tout le château a été rasé au niveau du sol.
3. Citons en première ligne, à Poitiers, le musée de la ville, le musée de la Société des antiquaires de l’ouest et lacollection de M. Gaillard de la Dionnerie.
4. Voir, entre autres, une frise du musée de Poitiers reproduite par M. Lecointre-Dupont, dans sa courte Noticesur le château de Bonnivet. 1837.
5. Le plus beau de tous se voit chez M. Gaillard de la Dionnerie et représence deux hommes nus luttant l’uncontre l’autre, dans lesquels il est facile de reconnaître Hercule et l’amiral de Bonnivet.
6. Dans une balustrade très probablement placée en avant des lucarnes et moins soignée que les parties plus rappro-chées de l’œil, figuraient des sculptures allégoriques qui, généralement, écaient autant de flatteries à l'adresse de l’amiral.L’une d’elles, conservée au musée des Antiquaires de l’ouest, laisse apercevoir un soleil aux multiples rayons derrière lesbarreaux serrés d’une prison. N’est-ce pas l’image du favori que les jaloux et les envieux empêchaient d’atteindre ses hautesdestinées ?