2 TACTIQUE
quant au fond , que des idées peu claires, & une routine peuméditée.
Les connaissances les plus simples seront toujours incertaines& stériles , faute de connaître les vraies loix, auxquelles lesmanœuvres font soumises, & desquelles une théorie savante &une expérience réfléchie tirent les inductions les plus sûres , &les vues les plus étendues. II est doue sensible , que ceux aux-quels le commandement des troupes est confié , doivent, s’ilsne veulent agir au hazard, substituer ces loix lumineuses & pré-cises aux faibles tâtonnemens d’une pratique chancelante, à la-quelle même beaucoup d’officiers ne parviennent jamais, quoi-qu'ils ayent blanchi fous les armes, * parce qu’elle dépend d’unenchaînement d'occasions, dont il n’ y a qu' un petit nombrequi puisse profiter. Et puis ces praticiens fans principes, qui neconnaissent que ce qu' ils ont vu , & cela encore assez mal,comment se tireront-ils d'affaire dans ce qu'ils n’ont jamais vû?La pratique est fans contredit nécessaire j mais abandonnée à ellemême, fa sphère est bien étroite. Si elle veut en franchir lesbornes, comme elle marche fans guide, elle s'égare à chaquepas, & sûrement elle ne produit jamais rien de bon, du moinsrien de parfait.
Les hommes naturellement routiniers réfléchissent rarementfur leurs habitudes. Pourquoi la Tactique trouve-t-elle tant d’ob-stacles à se perfectionner ? C' est que la plus part des militairescherchent les faits, & très-peu cherchent les principes. Ceux-cine règnent donc jamais, & il n’y a que les erreurs & les abusqui s’ enracinent.
*„Un mulet qui aurait fait dix„ eampagnes fous ie Prince Eugène,,, dit le Roi de Prusse -, n’ en serait„ pas meilleur Tacticien, & il faut„ avouer, à la Bonté de l'humanité,", que fur F article de cette paref-„ fëufe stupidité, Beaucoup de vieux,, officiers ne valent pas mieux que,, ce mulet. Suivre la routine du ser-„ vice, s’ occuper de sa pâture & de,, son couvert, manger quand on man-
„ ge, se battre quand tout le mon-,, de se bat, voilà ce qui pour le„ grand nombre s’appelle avoir fait„ campagne 8c être_ blanchi four le„ harnòis. De la vient ce nombre,, de militaires rouiller dans la mé-„ diocrité, Sc qui ne connaissent,„ ni ne s’ embarrassent de connaître,, les causes de leurs triomphes ou„ de leurs défaites. Cependant ces„ causes font très-réelles.
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