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TACTIQUE
CHAPITRE II.
Du principe fondamental <£ une bonne Tactique.
Un peuple pour qui la guerre, à l’exemple des Romains, est;depuis le commencement de ce siècle une méditation, & la paixun exercice, a attiré fur lui l’attention de toute P Europe. * Laréputation de fa discipline, & fes victoires , fruit de cette di-scipline, ont fait naître chez les autres nations une forte enviede P imiter. Quelque imparfaite, & même souvent quelque ab-surde & rid cule que soit cette imitation, on en a du moins tirécet avantage, d’avoir commencé à connaître que ce n’ est pasen laissant languir les troupes dans des garnisons, & en lesexerçant fur une place d’exercice , ou fur la pelouse d’un gla-cis, qu' on peut fe flatter de les avoir bien dressées, & P oh estaujourd’hui convaincu, que de telles troupes seront toujours bat-tues par celles qu’ on aura exercées en pleine campagne auxgrandes manoeuvres & à toutes les opérations militaires, ouque ce ne fera qu’après des défaites réitérées qu’elles appren-dront les élémens de la guerre: triste maniéré d’instruction!
Si P envie d’imiter un peuple militairement constitué a des-sillé les yeux de ceux qui gouvernent sur quelques objets , elleles leur a fascinés fur d’autres non moins importuns ; eníorte,qu’à la bien considérer, cette envie a fait autant de mal quede bien. Tout le monde s’est imaginé, & cela dans un tems
* II n’y a point de troupes,qu’ on fe soit plus empreffé de voir,ic qu’ on ait plus mal vues que lesPrussiennes. C’ est que pour les con-naître il fallait une intelligence, undiscernement, une finesse 1 de tact ,que les observateurs n'avoient ordi-nairement pas. Ils y allaient imbusde leurs fausses opinions & pétris deleurs préjugés, & ne voyaient, oune croyaient voir, que ce. qui semblaits y rapporter, quoique ce ne futtrès-souvent qu’un accessoire, ou un
véritable prestige, employé pour cacherP esprit &c P objet des dispositions &des manœuvres. Voilà P origine detant de fausses notions fur les exer-cices, les feux, & les évolutions desPrussiens. Ces fausses notions , dansles quelles on flotte presque partouten Europe, ont rendu lès troupes lejouet de continuelles innovations aussifatigantes que frivoles , tandis qu’ona laissé régner les vices d’une Tacti-que absurde, & les abus d’une igno-rante routine.