^ TACTIQUE
qu’ aucune propriété n’ attache à leur patrie. * 11 faut donctâcher, ce me semble , que dans chaque bataillon il y ait aumoins un cinquième de soldats -, qui possedent quelque chose enpropre. Les congés d’absence , qu’ on leur donnerait, seraientpour lors utiles à ceux qui restent au Régiment , & qui n’ontpas les mêmes ressources. On établirait, moyennant cette pré-caution , un équilibre & une égalité , d’où résulteraient 1’ avan-tage du corps , & le bien-être des individus, deux objets qu’onne saurait concilier, lorsque le bataillon est tout composé desoldats indigens, aux quels iî est impossible de se rien fournir dece que les sémestriers doivent rapporter de chez eux.
L’ absence de tout officier & de tout sergent, qui s’ éloi-gnent du corps pour leurs affaires particulières, doit être utileau recrutement. II fera à cet effet réglé , que les officiers &les sergens, allant en fémestre, seront tenus d 1 envoyer ou ame-ner à leurs bataillons réspeèiifs autant de recrues, qu’ ils aurontpassé de mois hors du Régiment. Les hommes, qu’ils présen-teront , doivent avoir toutes les qualités requises ; autrement onne les recevra point aux dépôts , les officiers ou les sergens enseront pour les fraix& ils subiront encore par-dessus des rete-nues fur leurs appointemens.
Disons à cette heure quelque chose de rengagement. II doitêtre pour le moins auffi fort que chez vos voiffns, mais il nefaut jamais le donner tout entier à la fois. Cette précautionvous dédommagera amplement du peu dont vous l’aurez aug-menté. Si la capitulation est-, par exemple, de six ans, on ledivisera en trois parties , dont la première fera délivrée au sol-dat au moment qu’ il entre dans le corps , la seconde au com-mencement de la troisième année, & l’autre restante à 1’expi-ration du terme. Voilà un moyen de prévenir la perte des en-gagemens , d’empêcher même la désertion, en convertissant ce
* Chez les Romains , du temsde la République, il fallait avoir desfoyers pour obtenir le droit de lesdéfendre. Cela n’est aujourd’hui ap-plicable a aucun peuple moderne.Mais n y aurait-il pas quelque tem-pérament à prendre? car enfin il est
hors de doute qu' on défend ses pro-pres foyers avec plus de courage, queceux d’autrui : & Xénophon avaitbien raison de dire, une terre rì in-spire-t-elle pas de la bravoure au pos-sesseur ì V amour de la patrie n’ estguere la vertu des citoyens indigens.