42 TACTIQUE
Je vous ai déjà fait observer, que tous nos militaires par-lent du choc, mais qu’ ordinairement ce ne font que des motsvagues, aux quels ils n’attachent aucune idée, ou n’en attachentque de fausses & d’obscures. En effet qu’ est-ce que cette im-pulsion unanime de tous les rangs dont un corps de troupes estcomposé , íì non une supposition absolument précaire & gratuite,une imagination toute pure? figurons-nous deux corps A & Bqui íè meuvent l’un contre l’autre avec un certain degré devitesse ; on ne pourra jamais dire, que le corps A reçoit lechoc du corps B, ou le corps B celui du corps A, si les deuxcorps ne parviennent point au contact physique ; & quoiqu’ ilssoient doués d’une certaine force impulsive , on n’avancera pasque fans contact ils emploient cette force, & qu’ ils se cho-quent mutuellement : cela est cldir. Cependant on s’y trompetous les jours, puisque l’on fait entrer en considération la forceimpulsive de tous les rangs à la fois. Mais comme les armes•font toutes d’une même longueur , il est évident que celles dusecond rang ne pourront jamais atteindre au même point quecelles du premier, & celles du troisième encore moins j parconséquent le contact réciproque des deux corps ennemis nesaurait être qu’entre les deux premiers rangs. Evaluer l’impul-sion des rangs postérieurs, armés comme ils le font aujourd’hui,c’ est donc la même chose qu’ évaluer une impulsion imaginaire,c’est un sophisme en Tactique. Mais dans le système de la gra-dation des armes , cette impulsion simultanée de trois rangs aumoins, n’ est plus une chimère, c’ est une réalité, que toutennemi n’ éprouverait que trop dès le premier abord, c’ est enun mot le plus haut degré de perfection de l’armement, & lepoint où 1’ on devrait se réunir pour ne plus suivre des illusionsau lieu de principes.
II n’est pas possible d’évaluer avec la dernière exactitudela quantité d’impulsion d’un corps de troupes, parce que celadépend de la connaissance d’une infinité d’actions, qui y con-courent. Pour les connaître, ces actions, il faudrait savoir par-faitement la force de chaque soldat, laquelle dans tous les in-dividus est auffi différente que leur constitution. Mais pour Rap-procher le plus qu’ on peut de cette exactitude, fans s’engagerdans des calculs trop minutieux, il faut, ce me semble , considérerí’ impulsion sous trois aspects divers.