4 S TACTIQUE
les bras se touchent dans toute 1' étendue du rang. Outre l’adhé-sion & l’espèce de ténacité, que par-là on se procure , on di-minue la force résistante de l’ennemi, car il est clair que cetterésistance diminuera en proportion que ses files seront moinscondensées, & que votre choc tombera fur une moindre partiede ses forces.
Puisqu’il est aster prouvé, que cette impulsion physique dé-pend sur-tout de la nature des armes & de leur gradation, ilest évident qu’ elle n’ existe que dans les trois rangs de nos di-visions , armés à cet effet, & qu’ il serait difficile d’employerdes armes capables d’y faire également coopérer un plus grandnombre de rangs. Comme nos bataillons font fur six, ils se trou-vent naturellement en état de faire face des deux côtés, &présentent toujours un double front hérissé de bayonnettes , quiconservent par-tout même gradation, & par conséquent mêmeforce impulsive.
Ce que je viens de dire n’infirme cependant point ce quey ai avancé ailleurs fur la nécessité de former souvent des corpsd’une plus grande profondeur, pour se procurer les avantagesqui dans bien des circonstances résultent de cette disposition $mais, pour ne parler ici que du choc, quoique des rangs de-stitués d’armes propres à combiner, & réunir leurs forces aveccelles des rangs qui les précédent, ne puissent guère le produi-re, ils ne laissent pourtant pas que de lui donner un appui &un soutien qui en rend l’effet plus décisif ; car, s’agissant decorps animés & doués de raison ou d’instinct, il y a , outre l’ìm-pulsion physique , une impulsion morale qui influe considérable-ment sur l’autre en inspirant au soldat cette diípofìtion d’ame& cette confiance dont nous avons parlé dès le commencement.Or quoique ce choc moral foie déja dans les trois rangs où ré-side le choc physique , sur-tout par le sentiment de force queleur impriment la qualité & la gradation des armes , il reçoitnéanmoins une forte augmentation des rangs qui l es suivent. Ehcomment, quelques braves & déterminés que forent les pre-miers rangs , ne le deviendraient-ils pas davantage en voyantdans les autres leúr appui, la sûreté de leurs flancs & deleurs épaules, un obstacle insurmontable à leur fuite, un éguil-lon à leur valeur, & une prompte & inévitable punition de
leur