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de mouvement , & ce mouvement en est bien plus parfait.Mais la plupart des Rois , bien loin de commander leurs trou-pes en personne, & de S ’ appliquer à devenir bons Généraux,se déchargent sur leurs ministres de tout le poids des affai-res. * Heureux le Souverain qui, sachant placer avec discer-nement sa confiance, trouve des hommes aster sages, assez éclairés,assez modestes, pour ne point abuser d’une pareille autorité;& heureux alors 1’ Etat qu' ils gouvernent, puisqu’ il est à l’abrides dangers de l’ignorance, de la présomption, des caprices,& du hasard. Un tel ministre ne méconnaît point la sphère desa capacité & de ses connaissances ; il ne veut pas en sortir ,ni avoir la ridicule vanité de tirer de sa tête tout le plande la guerre, & de commander les armées de son cabinet. **II consulte les Généraux qu' on doit mettre à la tête de cesarmées, c’ est-à-dire, les plus habiles. Ce n’ est que fur leurslumières, & fur leur expérience, qu’il peut fonder solidement& savamment ses projets. Ils lui feront connaître 1’ espèce deguerre qu’ on peut faire dans des pays différons, & fur lesdifférentes frontières ; les facilités & les difficultés qu’ on ytrouve ; les préparatifs qu’ ils exigent p les camps & les postesqu’ on doit occuper ; tout ce que 1’ ennemi peut exécuter;,tout ce qu’il faut prévoir & imaginer pour le réduire à l’ab-surde ; les suites qui doivent résulter de certains mouvemens &de certaines opérations différemment combinées de part & d’au-tre; les forces de 1’ ennemi, le caractère de ses Généraux, latactique & la discipline de scs troupes ; les moyens de pour-voir aux subsistances & ^ d’ assurer les magasins & dépôtsles places qu’il faut couvrir, celles qu’ il faut attaquer;, lesressources dans les malheurs & les revers ; en un mot toutes
les
* II faut cependant avouer quef Europe poftede aujourd’hui plusieursSouverains qui gouvernent paf eu'x-mêmeSj & dont les vertus donnentà leurs sujets les plus belles- espé-rances. II n’ y en a certainement au-cun qui soit plus occupé des foinsdu gouvernement, que le Roi de Sar-daigne. Il en connaît parfaitement
toutes les branches, Sc on n’ a peutêtre jamais vu dans un Roi une assidui-
té au travail si infatigable, ni unpenchant plus décidé de sacrifier sonrepos au bonheur de ses peuples.
** Les âmes faibles Sc vaines fonttoujours entraînées par de petits mo-tifs a de grandes fautes.