ET STRATEGIQUE. zo;
les opérations offensives & défensives, qu’ on peut prévoir, dis-cuter , & régler. Quel génie vaste & profond, quel savoir,quelle expérience n’ exige donc pas la formation d’un projet,de guerre! Ce fut à ce génie de M. de Turenne, & non auxconseils de son ministre Louvois, que Louis XIV dut les bril-lans succès de ses armes. Le ministre était à ía vérité prévo-yant , hardi , habile , & d’ un détail extraordinaire ; mais fapartie n’ était que le mécanisme deTa guerre , & n’en embrassaitque les préparatifs & les besoins. Lorsqu 1 il voulut se mêlerdes parties du Général, il fit faire de grandes fautes à sonMaître, & introduisit un genre de guerre qui eut de funestesfuites pour la France. Cela n’ arriva point tant qíie Turennevécut, parce que le Roi, bien persuadé de la capacité immensede ce grand Capitaine , se rendait toujours à son avis : maisdès que pour son malheur , & pour celui de son royaume , ilen fut privé, les ministres acquirent une telle prépondérancequ 1 ils décidèrent toujours de P état de la guerre , & qu’ on nevit plus de projet savamment combiné, ou marqué au sceau dugénie & de P expérience militaire.
Toutes les considérations fur les quelles un plan de guerredoit être fondé font relatives à ces trois points : au pays , àla force & à P espèce de nos troupes, à celles de P ennemi. IIfaut avoir une connaissance parfaite du pays, où P on doitagir, soit offensivement ou défensivement. Quoique celle qu'onacquiert par des cartes topographiques-militaires ne soit pas àbeaucoup près suffisante , c 1 est par là cependant qu’ il faut com-mencer. On sent donc la nécessité d’avoir de ces cartes éxa-às, relies que je les ai proposées ailleurs , dressées par desofficiers capables & entendus, & accompagnées d'itinéraires &de mémoires, qui marquent avec précision la nature du pays& des chemins ; celle des positions les plus avantageuses , desdéfilés, 8c d 1 autres passages difficiles ; la largeur & profondeurdes rivières & ruisseaux ; la qualité de leur fond, les gués, &la hauteur des bords ; les villages & caífines ; P élévation , lapente, & les revers des montagnes ; les aboutissans des gorges,les ravins, les fossés ; la nature des bois & des plaines ; leschamps clos, & les endroits de fourrage ; toutes les particula-rités essentielles des places de guerre & des villes ; les distan-
Q q