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Pensées sur la tactique et la stratégique ou vrais principes de la science militaire / par de Silva
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ET STRATEGIQUE. 309

peu-à-peu à úne offensive aussi avantageuse que brillante. J enai fait mention ailleurs, & d autres en ont parlé avec plusdétendue. Jobserverai seulement que le ministre Louvoís, nima-ginant pas quon pût avec vingt cinq mille hommes s opposerà une armée de soixante & dix mille commandée par des Gé-néraux très-intelligens & très-expérimentés, voulait qu onabandonnât lAlsace aux Impériaux, &: qu on se retirât versles gorges de la Lorraine pour en défendre 1 entrée. Mais M.de Turenne fit voir au Roi combien cette défensive serait hon-teuse & ruineuse. II lui promit de conserver 1 Alsace, & denchasser les ennemis. II tint parole ; & ses compétiteurs *, quoi-que très-habxles, avouèrent qu il 1 était beaucoup plus qu eux,& rendirent 1 hommage le plus authentique à la supériorité dede son génie.

Lorsque l'Europe vit cette formidable ligue de trois grandsEmpires se former contre le Roi de Prusse, elle dut croirequil en serait dabord accablé. En effet il me semble, que sice Monarque n avait étatbli létat de la guerre, que sur lesprincipes dune sagesse & dune prévoyance commune , & side plusieurs plans qui se présentaient a sa vue il n eût paschoisi le seul, peut-être, qui convint à fa situation, il me sem-ble dis-je, quelque beau que ce plan eût été dailleurs , qu ilaurait enfin nécessairement succombé. II faudrait pouvoir P en-tendre parler lui même, pour avoir une idée juste & complétéde son projet. Mais au défaut de cela on peut, je pense, rai-sonner sur les faits , & déduire de lexécution la mieux suivie& la plus constamment soutenue la grandeur & la singularitédu dessein. Cest ainsi quon'a jugé de ceux des plus habilesCapitaines anciens & modernes, qui ne les ont pas dévoiléseux mêmes. On nimputera donc pas à témérité une semblableconduite dans un militaire qui ne cherche qu à sinstruire dansces grands modèles.

Voici comment je présume que le Roi de Prusse a raison-. Puisque j e vois la plus grande partie de P Europe conjuréecontre moi, je dois m attendre à être attaqué de tous lescôtés par des forces considérables. Je fais bien qu ordinairement

* Le grand Electeur de Brandebourgs & M. de MonteeuculL