3 o8 TACTIQUE
Je ne parlerai point ici de la défensive savante & profon-de , par la quelle le même Général sauva 1’ Alsace, 1’ amenant
nique fortunam periclìtaretur ? prœser-tim qu u m non minus effet Imperatoris ,constlio super are , quam gladio : move-batur etiam misericordia civium , quosinterficiendos videbat-, quibus salvis ,atque incolumibus , rem obtinere ma~lebat. Hoc confilium Cœsaris a plerif-que non probabatur .... ïlle in fuasen-tentia persévérât .
Il n’ y a jamais eu tant de con-formité dans la conduite de deux Gé-néraux, qu’entre César & Turennne.Rien surtout ne se ressemble davan-tage que les deux événemens qui sepassent sur la Segre près de Lerida,& fur la Seine à Villeneuve Saint-Georges- 1/ un & T autre, par les ma-nœuvres & les dispositions les plussavantes , réduisent, sans effusion desang, T armée ennemie auíïì forte quela leur à capituler, &c à subir la loiqu ils lui imposent. Personne ne re-specte autant que moi les sentimensdu Maréchal de Puysegur, mais cer-tainement il ne considéré pas assez lasituation des troupes de Petrexus Scd’ Afranius lorsqu’ il leur attribued’autres motifs pour se rendre à Cé-sar. Cette situation est cependant biendepeinte dans le discours d’Afraniusmême, qui en présence des deux ar-mées dit a César: non effe , aut ipfi,tìUt militibus succerlsendum , quodfidemergu Imperaiorem suum Cn. Pompejumconservâte voluerint : sed satis jam fe-ciffe officio , satifque Jupplicii tulffe,perpeffos omnium rerum inopiam : nuncver o , pene ut scemina s circummunitosprohiberi aqua , prohiberi ingreffu : ne-que corpore dolorem , neque animo igno~minium ferre poffe : itaque se viciosconfiteri : orare 9 atque obsecmre , fi
quis locus misericordia relinquatur >neai ultimum supplìcium progredi neceffehabeant.
On n a qu’ à voir dans les mêmescommentaires par quelles marches sa-vantes , par quels mouvemens biencombinés, César coupa toutes les com-munications à cette malheureuse ar-mée , la resserra dans un terrein dif-ficile 6c aride, lui ferma toutes lesissues, Sc la contraignit ( n’ ayant plusni vivres, ni fourrages, ni eau, nibois, ni aucune ressource ) à mettrebas les armes. Je connais les environsde Lerida ou }’ ai été plusieurs fois ;j’ ai vérifié fur les lieux les principa-les circonstances de cette fameuse ex-pédition; Sc j’ai admiré à la fois legénie de César dans le parti qu’ il asu tirer du local, & son exactitudedans la description qu’il en fait.
II n’ est point de guerres dont onpuisse porter un jugement plus assu-ré, que de celles que César & Tu-renne ont faites & décrites eux mê-mes, car ces deux grands hommesnous découvrent les objets & les res-sorts de leurs opérations , 6c pourparler de la guerre auslî bien qu ilsle font, il faudrait la savoir auíupar-faitement qu eux. II n’ y a donc pointde livres que les militaires doiventplus étudier que les commentaires deCésar Sc les mémoires de M. de Tu-renne ; mais il faut auparavant qu’ilsapprennent bien les principes de laguerre, fans quoi, comme l’observele Maréchal de Puysegur, ils n’avan-ceraient p as beaucoup, & n’ enten-draient point, ou entendraient malces deux grands maîtres.