/Jfi DISCOURS SUR LES PROGRÈS
rappeler ici quel était l’état de la science à l’é-poque où Linné vint l’éclairer du feu de son gé-nie. Malgré le beau travail de Tournefort, elle seressentait encore de l’obscurité des siècles précé-dents; les organes sexuels méconnus n’entraientpour rien dans la détermination des genres, ladénomination des especes était imparfaite et fas-tidieuse. En était-il ainsi lorsque nos modernesréformateurs se sont présentés pour s’emparerdu sceptre de la science ? Ne se trouvait-elle pasau contraire dans son plus grand éclat? dégagéede tout ce qu’elle pouvait avoir de rebutant, elleétait recherchée, cultivée même par ces person-nes qu’épouvante un appareil trop scientifique.J.-J. Rousseau, dans quelques lettres écrites avecce style qui séduit et persuade, l’avait rendueaimable même à ce sexe qui, jusqu’alors, ne l’avaitregardée que comme appartenant à l’art de guérir.Delamarck, par sa méthode analytique, rédigée enfrançais , en avait rendu l’abord agréable et facile :si l’on eût continué à la suivre dans cette routefleurie, elle serait aujourd’hui bien plus répandue ;mais on a étouffé sous les ronces les fleurs desa guirlande.
Linné avait conservé, le plus possible, les ter-mes employés par ses prédécesseurs, pour dé-signer les organes des plantes et leurs modifica-tions : il n’en avait ajouté qu’un très-petit nombrepour des parties point ou mal connues. Les mo-dernes réformateurs, pour exécuter un change-