456 Cours
Les Architectes d’Italie, d’abord plus imitateursque créateurs, parurent contraints dans leurs pro-ductions , soit qu’ils n’eussent pas le génie desgrecs , íoit que ceux-ci, transplantés chez une Na-tion victorieuse , eussent perdu de vue leurs pré-ceptes avec leur liberté ; & fi l'on a vu quelque-fois chez les Romains leurs Architectes s’écarterde cette imitation, ce ne fut que pour rendreleurs monuments plus vastes, plus étendus , & nonpour suivre cette belle simplicité, l’essence proprede la belle Architecture.
11 en est, je crois, des ouvrages des ancienscomme de ceux des modernes : de tout temps , ils’est introduit des licences dans les Arts ; c’est lepropre de l’humanité, de se croire tout permis ,& il ne seroit pas surprenant que la renomméenous eût transmis la gloire d anciens édifices, quin’auroient eu d’autre mérite que l'antiqnité. D'ail-leurs, ne íait-on pas que chez presque toutes lesNations, peu d’Artistes ont cultivé les lettres ; quela description des édifices des anciens a été lepartage des Historiens, & que la plupart de ceux-* ci, ignorant à la fois & les préceptes St le goûtde l'Art, ont négligé, dans leurs écrits, de nousfaire connoître ce que les Architectes avoient pro-duit, soit de génie, soit d’imitation. Aujourd’huiencore, la plupart de nos jeunes Artistes ne né-gligent-ils pas tous les jours de se rendre comptede la source où nos prédécesseurs ont puisé leursdécouvertes ? De-là toutes ces licences qui,'pren-nent faveur chez le plus grand nombre, parcequelles semblent donner plus de liberté aux hom-mes fans doctrine, & gêner moins ceux qui fontplus éclairés : de-là le peu d’itsage qu'on sait def esprit de comparaison ; on applique indistincte-