122
TRAITÉ DE L’ART DE BATIR.
de l’union intime de leurs parties fixes avec leurs parties volatiles , d’oùil résulte que, lorsque la pierre perd sa solidité par la violence du feu ,il se fait une évaporation de la plus grande partie des matières volatileset sulfureuses qui étaient le vrai lien des parties fixes de la pierre. Mais ,de même qu’on peut dire que la perte que tous les corps font de leursparties volatiles par l’évaporation , est la cause de leur destruction , onpeut ajouter que 1’introduction de ces parties dans un corps qui en estprivé , doit lui rendre sa solidité ou l’augmenter. Ainsi la pierre à chauxayant perdu , par l’action du feu , toutes les parties volatiles qui étaientla cause de sa dureté , se trouve remplie de pores vides, formés par unematièi'e extrêmement sèche et aride , qui absorbe avec avidité les partieshumides de l’air : mais, comme elles ne peuvent pas lui rendre lesparties qu’elle a perdues par la calcination, il en résulte qu’elle se ré-duit en poudre impalpable ; c’est cette avidité de la chaux qui cause sacausticité. Quand ce principe agit sur le sable et sur les pierres , il enfait sortir, à la longue, une partie des sels sulfureux et volatils qu’ilscontiennent, et produit entre eux une forte adhésion qui forme uncorps dur et solide. Comme cette action dure jusqu a ce que la chauxait repris toutes les parties qu’elle a perdues par la calcination, il s’en-suit que long-temps après que le mortier paraît sec , il ne laisse pasd’acquérir toujours de plus en plus de la solidité. Perrault ajoute quetout ce qu’on vient de dire se confirme encore par l’expérience, quiprouve que, plus le mortier a été broyé, plus il devient dur par la suite.Ces chimistes pensaient que cette disposition tendait à faire sortir dusable une plus grande partie de sels volatils qui s’unissaient à la chaux,qui ne paraît brûler les corps qu’elle touche que parce qu’elle les dis-sout, en absorbant les sels qui unissent leurs parties. On dirait, en effet,que le sable perd de sa dureté, et que la chaux profite de cette perte, cequi leur procure une disposition mutuelle à s’unir fortement. On voitdes preuves de cette forte adhésion dans les pierres maçonnées avec d’ex-cellent mortier; lorsqu’au bout d’un certain temps on veut les désunir,on remarque que la superficie de la pierre reste attachée au mortier.
Il semble que Philibert Delorme ait eu une idée de cette théorielorsqu’il conseille de faire la chaux des mêmes pierres dont le bâtimentest construit, afin que les parties qu’absorbe la chaux soient de mêmenature que celle qu’elle a perdues par la calcination.
M. Macquer , dans son dictionnaire de chimie, à l’article chaux , fait