141*
CONNAISSANCE DES MATÉRIAUX.
de Rome , qui sont en briques apparentes, que le mortier qui les unitest aussi dur que celui des édifices antiques, tels que le panthéon d’A-grippa, le temple de la Paix, et de plusieurs fragmens qui sont de laplus haute antiquité.
Lexcellence qu’on attribue au mortier des anciens Romains , pro-vient autant des bonnes qualités de la chaux et du sable qu’ils y em-ployaient, que de l’attention qu’ils avaient de le bien broyer, afin defaciliter l’union et le mélange exact de ces matières 1 . Je me suisassure, par plusieurs essais, que plus le mortier est broyé, plus il ac-quiert de consistance, et plus il durcit promptement. Avec de la chauxordinaire de Paris , et du sable moyennement gros, je suis parvenu àfaire, en suivant cette méthode , des briques en mortier qui, au boutde dix-huit mois, avaient acquis presque autant de dureté et de con-sistance que le mortier des Romains.
Il y a environ vingt-cinq ans que MM. Loriot et de la Faye propo-sèrent deux procédés difîérens pour faire le mortier. Ils annoncèrent,lun et l’autre, que leur moyen était celui employé par les anciensRomains, et citèrent en preuve plusieurs passages d’auteurs anciens,et enfr’autres de Yitruve et de Pline le naturaliste, en interprétantces passages d’une manière favorable à leurs procédés.
Méthode de Loriot.
!
Cette méthode consiste à ajouter au mortier ordinaire, broyé unpeu plus clair que pour l’emploi, un tiers de chaux vive en poudre,et à rebroyer le tout pour l’employer tout de suite, parce que ce mé-lange s’échauffe et durcit promptement. Cette découverte, qui fit une
1 La m'anière dont on prépare encore aujourd’hui à Naples le mortier, dit lastrico ,dont l’usage paraît s’être perpétué dans le pays depuis les temps les plus reculés, peutvenir à l’appui de oette assertion. Yoici ce qui en est dit au Chapitre II, 2 e . Sectiondu 2 e . Livre de cet ouvrage. « On mêle le lapillo avec de la chaux éteinte depuis» huit jours, bien dissoute, et réduite à la consistance de lait un peu épais; on» broyé ce mélange à plusieurs reprises en l’arrosant avec cette chaux ; les parties les» plus fines tiennent lieu de sable. On laisse reposer cette espèce de mortier pendant» vingt-quatre heures , après lesquelles on le rebroye de nouveau ; pendant ce temps» on remarque qu’il s’échauffe et fermente. On le rebroye une troisième fois en l’hu-» mectant avec du lait de chaux, s’il est devenu trop sec, et lorsqu’on s aperçoit que le» mélangé n a pas acquis le degré de consistance qu’il doit avoir, et qu il fermente en-» core, on le rebroye une quatrième fois, après l’avoir laissé reposer. »