Band 
Tome premier.
Seite
170
JPEG-Download
 

170

TRAITÉ DE L’ART DE BATIR.

» substance se trouve saturée de sucs visqueux, produits par l’humidité» permanente qui règne en ces lieux. Une fois abattus et dressés, et» après que ces bois ont entièrement rejeté toute leur sève, il est facile» de s’apercevoir que la sécheresse a relâché leurs fibres; on juge alors à» leur légèreté qu’ils sont tendres et peu durables, et qu’ils ne présen-» tent pas assez de consistance pour l’usage des bâtimens.

» Ceux, au contraire, qui croissent sur le côté de la montagne exposé» aux ardeurs du soleil, n’étant nourris que de sucs épurés, n’ont pas» leurs fibres distendues, et ne présentent aucun vide dans leur texture.» Le soleil, qui absorbe l’humidité de la terre, dissipe également celle» qui surabonde dans les arbres. Ainsi, les bois qui proviennent des» lieux situés dans cette exposition, sont durs et serrés, et ne perdent» rien, en séchant, de leur solidité. C’est pourquoi ils vieillissent in-» tacts, au milieu des autres matériaux. Nous en avons dit assez pour» expliquer comment les bois nommés Infemates et Supemates , doi-» vent leurs qualités ou leurs imperfections à la température sèche ou» humide des lieux où ils ont été formés 1 . »

sed earum quoque venæ humons copiâ repletæ turgentes hquoris abundantiâ saturantur.Cùm autem excisæ, et dolatæ vitalem potestatem amiserint, venarum rigorem permu-tantes siccescendo, propter raritatem, fîunt inanes et evanidæ, ideoque in ædificiis nonpossunt habere diuturnitatem.

Quæ autem ad solis cursus spectantibus locis procreantur, non habentes intervenio-rum raritates siccitatibus exsuctæ solidantur : quia sol non modo ex terra lambendo ,sed etiam ex arboribus educit humores. Itaque quæ sunt in apricis regionibus spissis ve-narum crebritatibus solidatæ, non habentes ex humore raritatem, cùm in materiamperdolantur, reddunt magnas utilitates ad vetustatem. Ideô infernates, quæ ex apricislocis apportantùr, meliores sunt, quàm quæ ab opacis, de supernatibus advehuntur.

1 Strabon, parlant de la Toscane ou Etrurie, dit qu’on envoyait de ce pays à Rome despièces de bois fort droites et très-grandes, pour la construction des édifices. Dès qu’ellesétaient coupées, on les faisait flotter dans l’eau jusqu’à la mer, d’où on les conduisaità Rome en remontant le Tibre . Ces grandes pièces paraissent être de bois de Sapin, queVitruve désigne par le mot infernates. Au reste, le Sapin est encore le bois le plus généra-lement employé pour la construction des édifices. Les charpentes d’un très-grand nombred’anciens édifices de France, d’Italie , d’Espagne, d’Angleterre et d’Allemagne , prouventque ce bois se conserve aussi long-temps que le Chêne , dans quelque climat qu’il se trouve.

M. Duhamel parle d’un pilotis de bois de Sapin trouvé dans les fondations d’une an-cienne église, tombée de vétusté et démolie depuis 80 ans. Ce pilotis, qui avait plu-sieurs siècles, n’avait que l’extérieur un peu rongé : le milieu était parfaitement sain,et avait encore la couleur et l’odeur de résine.

Au reste, dans tout ce que contient ce chapitre, il n’y a d’utile aujourd’hui que ce qui