CONNAISSANCE DES MATÉRIAUX.
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U s’en faut de beaucoup que les fers ordinaires soient aussi bienfabriqués qu’ils pourraient l’être; pour qu’on puisse en juger, nousallons donner un précis de la manière dont ils se fabriquent.
Lorsque la mine est fondue, on la coule dans le sable, en gros lin-gots appelés gueuses; on leur donne la forme d’un prisme triangulaire/du poids de quinze à dix-huit cents livres et plus; on porte la gueuseà l’affînerie, où on la fait chauffer fondante ; on en fait un nouveaulingot qu’on nomme loupe , qu’on passe sous le gros marteau; on la batd’abord à petits coups, pour rapprocher et souder les parties les unesavec les autres.
Quand cette loupe est ressuée , c’est-à-dire, lorsqu’en la frappant àpetits coups on en fait sortir le laitier ou parties hétérogènes, dissémi-nées entre les parties de fer, on la frappe plus fort pour l’étirer engrosses barres d’environ'trois pieds de longueur : on les fait ensuite re-passer à la forge pour leur donner différentes formes, à la demande desmarchands. C’est ainsi qu’on fabrique tous les fers communs; on neleur donne que deux ou tout au plus trois volées de marteau, aussin’ont-ils pas, à beaucoup près, la ténacité qu’ils pourraient acquérir,si on les travaillait moins précipitamment.
On peut connaître la qualité du fer en le rompant; si la cassure pa-raît brillante et formée de grandes paillettes, c’est une marque quec’est un fer aigre qui sera dur à la lime et difficile à forger, tant à chaudqu’à froid; il sera tendre à la chauffe et se brûlera aisément; quelque-fois même, au lieu de s’adoucir sous le marteau, il devient plus aigre.Ce fer est de mauvaise qualité pour presque toutes sortes d’ouvrages ;seulement à cause de sa dureté il pourrait être employé comme la fonteà des grosses pièces qui n’ont à résister qu’à des frottemens.
Si la rupture d’une barre de fer paraît moins brillante et moinsblanche et que le grain soit moins gros, le fer ne sera pas aussi aigre, ilse chauffera et se forgera mieux : les maréchaux estiment cette espècede fer à cause de sa fermeté, et les serniriers en font usage pour les' -ouvrages qui ne doivent pas être limés, parce qu’il se trouve des grainssur lesquels le foret ni la lime ne peuvent pas mordre.
Si la cassure est un peu noire et inégale, y ayant des flocons de nerfsqui se déchirent comme lorsqu’on romp du plomb, ce que quelquesouvriers appellent de la chair, c’est l’indice d’un fer très-doux, qui setravaille aisément à chaud et à froid, sous le marteau et sous la lime;