68 TACTIQUE
quent point, ou qu’il voit mal, & contre les quels le pointagen’ aurait aucune justesse.
Accordons néanmoins encore que les bataillons, se trouvantrapprochés du rideau, & parvenus à cent toises, l’artillerie ennemiepuisse agir contr’eux avec? succès; quel tems leur saudra-t-il pourparcourir ces cent toises? pas plus de deux minutes. Mais croit-onque l’ennemi, nous voyant marcher bien déterminés, ne s’étonnera,ne chancelera point, & attendra que nous soyons à cinquante toi-ses pour sauver son canon? ce serait vouloir absolument le per-dre. II est donc bien difficile qu’il y ait un seul instant, où sonfeu soit bien dangereux pour notre ordonnance , & où elleéprouve le moindre des effets que l’ordre mince en essuye con-tinuellement *. Ce que je viens de dire suffit pour donner desidées plus justes de ces effets, & pour prouver que le canon,fort à craindre pour une troupe immobile ou lente qui veutbien l’essuyer long-tems à découvert & à bonne portée, n’ estpas fort redoutable pour une troupe constituée comme la nôtre,qui n’y est exposée que quelques ínstans, tk qui marche réso-lument pour le faire taire &;Je prendre. **
II résulte de tout ce que nous venons de dire, que lagrande quantité d’artillerie, qui embarrassera l’ennemi, n’ in-quiétera guère nos troupes jstylées^à agir & combattre toujoursfur les principes d’une Tactique savante & bien dirigée, qu’el-les n’ auront pas besoin de trop multiplier elles-mêmes cette ar-tillerie ***, qui augmente les dépenses & surcharge l’armée
* Nos troupes , allant à la char-ge, n auront à faire ordinairementqu’ aux petites pièces des bataillonsennemis, dont le boulet n* emporteque trois hommes de file, car lacélérité de nos manœuvres ne don-nera pas le tems aux pièces d’unplus gros calibre d’arriver & d’agir.S’il y en avait de placées d’avancedans la partie attaquée, nous en au-rions auffi pour les réduire au silen-ce avant même que nos bataillonsfussent à bonne portée.
** Si 1’ on veut avoir de plus
grands éclaircissemens fur un sujetdéjà f, clair, ou plutôt toutes lesdémonstrations que fournissent la rai-son la science & 1* expérience réu-nies, on doit lire les observationsfur le canon de M. de Menildurand,ses fraginens de Tactique, & fa ré-ponse à la brochure intitulée Vordreprofond ct V ordre mince.
*** N* avoir pas assez d’artille-rie dans une armes c’ est un désa-vantage j en avoir trop c'est un grandembarras , qui cause des inconvéniensencore plus considérables. Le Roi de