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Tome premier.
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temps avant le monde , & lui permit de manger detous les fruits de ce paradis fans aucune distinction. IIl’avertit seulement que s’il ne mangeoit que des fruitsdes arbres , la digestion de ces aliments légers se seroitsi parfaitement, que la plus grossière partie pourroits’evacuer par les pores ; mais que , s’il mangeoit dttfroment, il arriveroit que cet aliment grossier seroitun marc dans son estomac , qui ne pourroit se dissiperpar les pores comme la matière des autres fruits ; &que, ce marc étant une vilaine ordure qui salit le lieuoù on la rend , on ne le souffriroit point en paradis ,s’il s’exposoit à cet inconvénient. Eve, qui, selon eux,étoit aussi prophétesse , & par conséquent impeccablecomme son mari, ne fit pas assez d’attention à l’aver-tissement du Créateur. Elle mangea du froment, à l’inf-tigation du diable , & en fit manger à son mari. Ils enmangèrent tant, qu’ils en eurent l’estomac chargé :c’est ce qui leur ouvrit les yeux. En même temps ,Gabriel les vint mettre hors du ciel, de peur qu’ils neîe souillassent, comme ils auroient fait s’ì's y eussentdemeuré davantage. Or ce n’étoit pas un péché, disentles Mahométans, que d’avoir mangé de ce grain; caril n’étoit pas défendu ; mais il eût été mieux de n’ertpoint manger. Ce n’étoit pas non plus un châtimentde ce qu’Adam & Eve furent mis hors du paradis ;car ils n’avoient rien fait qui le méritât : mais c’étoitpour éviter un inconvénient, & pour empêcher qu’unheu pur de fa nature ne fût souillé par accident.

3. Les fables que racontent les habitants de Mada-gascar au sujet d’Adam & de son péché, sont absur-des , burlesques & ridicules. Selon ces peuples, Adam ,pétri, par les mains de Dieu, du limon de la terre ,& placé dans le paradis , n’étoit sujet à aucuns besoinscorporels; & la défense que Dieu lui avoit faite demanger & de boire de ce qui se trouvoitdans le pa-radis , paroissoit assez inutile. Cependant !e diable nedésespéra pas de le faire désobéir. II l’alia trouver ,& lui demanda pourquoi il ne goûtoit pas de ces fruitsdélicieux, dont son séjour étoit rempli ; pourquoi ilne buyoit pas de ces excellentes liqueurs qui couloicnt