45 6 Les Aventuresplus grand nombre d’hommes, et il les nourritplus facilement. Ces hommes accoutumés au tra-vail , à la peine et au mépris de la vie , par l'a-mour des bonnes loix , sont tous prêts à combat- Jtre pour défendre les terres cultivées de leurs pro-pres mains. Bientôt cet Etat que vous croyez dé-chu sera la merveille de l’Hespérie.
Souvenez-vous , ô Télémaque ! qu’il y a deuxchoses pernicieuses dans le gouvernement despeuples, auxquelles on n’apporte presque jamaisaucun remède. La première est une autorité in-juste et trop violente dans les Rois ; la secondeest le luxe qui corrompt les mœurs. Quand lesRois s'accoutument à ne connoitre plus d autres jloix cjue leurs volontés absolues , et qu’ils ne met-tent plus de frein à leurs passions, ils peuventtout ; mais à force de tout pouvoir ils sapent lesfondemens de leur puissance ; ils n'ont plus derègles certaines , ni de maximes de gouvernement.Chacun à l'envi les flatte : ils n’ont plus de peu- Jpies ; il ne leur reste que des esclaves, dont lenombre diminue chaque jour. Qui leur dira lavérité ? qui donnera des bornes au torrent ? Toutcède : les sages s'enfuient, se cachent et gémissent.
Il n’y a qu'une révolution soudaine et violentequi puisse amener cette puissance débordée dansson cours naturel. Souvent même le coup quipourroit la modérer , l'abat sans ressource. Rienne menace tant d’une chine funeste , qu'une au-torité qu’on pousse trop loin ; elle est semblableà un arc trop tendu , qui se rompt enfin tout-à-coup , si on ne le relâche ; mais qui est-ce quiosera le relâcher ? Idoménée étoit gâté jusqu’aufond du cœur par cette autorité si flatteuse : davoit été renversé de son trône ; mais il n’avoitpas été détrompé. Il a fallu que les Dieux nousaient envoyés ici pour le désabuser de cette puis-sance aveugle et outrée , qui ne convient pas àdes hommes : encore a-t-il fallu des espèces demiracles pour lui ouvrir les yeux.
L’autre