466 Les Aventuresquand on la voit avec une troupe de filles, tenanten sa main une éguille d'or , on croit que c’estMinerve même qui a pris sur la terre une formehumaine , et qui inspire aux hommes les beauxarts. Elle anime les autres à travailler , elle leuradoucit le travail et l’ennui par les charmes desa voix , lorsqu’elle chante toutes les merveilleu-ses histoires des Dieux ; elle surpasse la plus ex-quise peinture par la délicatesse de ses broderies.Heureux l'homme qu’un doux hymen unira avecelle ! Il n’aura à craindre que de la perdre et delui survivre.
Je prends ici , mon cher Mentor , les Dieux àtémoins que je suis prêt à partir. J’aimerai An-tiope tant que je vivrai ; mais elle ne retarderapas d’un moment mon retour à Ithaque . Si unautre la devoit posséder, je passerois le reste demes jours avec tristesse et amertume ; mais enfinje la quitterai. Quoique je sache que l’absencepeut me la faire perdre , je ne veux ni luiparler , ni parler à son père de mon amour; carje ne dois en parler qu’à vous seul, jusqu'à cequ’Ulysse , remonté sur son trône , m’ait dé-claré qu’il y consent. Vous pouvez reconnoître par-là , mon cher Mentor , combien cet attachementest différent de la passion dont, vous m’avez vuaveuglé pour Eucharis.
Mentor répondit : O Télémaque ! je conviensde cette différence. Antiope est douce, simple,sage ; ses mains ne méprisent point le travail ;elle prévoit de loin, elle pourvoit à tout, ellesait se taire et agir de suite sans empressement;elle est à toute heure occupée ; elle ne s embar-rasse jamais , parce qu’elle fait chaque chose à pro-pos : le bon ordre de la maison de son père estsa gloire ; elle en est plus ornée que de sa beau-té. Quoiqu’elle ait soin de tout et qu’elle soitchargée de corriger , de refuser , d’épargner ,( choses qui font haT presque toutes les femmes, )elle s'est rendue aimable à toute la maison : c'e s£