de Télémaque . LLv. X. 467qu’on ne trouve en elle ni passion , ni entête-ment , ni lege'reté, ni humeur, comme dansles autres femmes. D’un seul regard elle se faitentendre , et on craint de lui de'plaire ; elle donnedes ordres précis ; elle n’ordonne que ce qu’onpeut exécuter ; elle reprend avec bonté , et enreprenant elle encourage. Le cœur de son pèrese repose sur elle , comme un voyageur abattupar les ardeurs du soleil, se repose à l'ombre sur1 herbe tendre. Vous avez raison , Télémaque ,Antiope est un trésor digne d'être recherché dansles terres les plus éloignées r son esprit, - nonplus que son corps , ne se pare jamais de vainsornemens ; son imagination , quoique vive , estretenue : elle ne parle que pour la nécessité ; etsi elle ouvre la bouche , la douce persuasion etles grâces naïves coulent de ses lèvres. Des qu’elleparle , tout le monde se tait, et elle en rougit :peu s’en faut qu’elle ne supprime ce qu’elie avoulu dire, quand elle s’apperçoit qu’on l’écoutesi attentivement. (6) A peine l’avons-nous enten-due parler.
Vous souvenez-vous , ô Télémaque ! d’un jourque son père la fit venir? Elle parut les yeuxbaissés , couverte d’un grand voile , et elle neparla que pour modérer la colère d’Idoménée ,qui vouloit faire punir rigoureusement un de sesesclaves. D’abord elle entra dans sa peine ; puiselle le calma; enfin, elle lui’fit entendre cequi pouvoit excuser ce malheureux, sans fairesentir au Roi qu’il s’étoit trop emporté ; elle luiinspira des senti mens de justice et de compassion.
(6) A peine l’avons-nous entendue parler. Tout ceportrait convient à Marie-Thérèse d’Autriche , Infanted’Espagne , destinée à être l’épouse de Louis XIV .C’est ainsi qu’en parla le Maréchal de Grammont, auretour de son ambassade pour la demander au nom dultoi ; et il dir, ent-’autres choses , qu’à peine l’avoit-i!entendue parler. La suite a justifié ce caractère : laReine était une Princesse très-bonne et très-vertueuse*.
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