47° Les Aventuresdivers particuliers , qu’on le pressoit de juger.Décidez, lui dit Mentor , toutes les questionsnouvelles qui vont à établir des maximes géné-rales de jurisprudence, et à interpréter les lois;mais ne vous chargez jamais de juger les causesparticulières : elles viendroient toutes en foulevous assie'ger ; vous seriez l'unique Juge de votrepeuple : tous les autres Juges qui sont sous vousdeviendroient inutiles ; vous seriez accablé , etles petites affaires vous déroberoient aux gran-des , sans que vous puissiez suffire à régler le dé- itail des petites. Gardez-vous donc bien de vousjèter dans cet embarras. Renvoyez les affaires desparticuliers aux Juges ordinaires ; ne faites quece que nul autre ne peut faire pour vous soula-ger : vous ferez alors les véritables fonctions de Roi.
On me presse encore, disoit Idoménée , de fairecertains mariages. Les personnes d’une naissancedistinguée , qui m’ont suivi dans toutes les guer-res , et qui ont perdu de très -grands biens en meservant, voudraient trouver une espèce de récom-pense (io) en épousant certaines filles riches. Jen'ai qu'un mot à dire pour leur procurer ces éta-blissemens.
Il est vrai , répondit Mentor , qu’il ne vousen coûterait qu’un mot ; mais ce mot lui-mèmevous coûterait trop cher. Voudriez - vous ôteraux pères et aux mères la liberté et la conso-lation de choisir leurs gendres , et par consé-quent leurs héritiers ? Ce serait mettre toutesles familles dans le plus rigoureux esclavage.Vous vous rendriez responsable de tous le*malheurs domestiques de vos citoyens. Le*mariages ont assez d'épines , sans leur donnerencore cette amertume. Si vous avez, des servi-
(iç) En épousant certaines filles riches , etc. Osblâme ici quantité de mariages forcés que le R°> ifait faire par son auronté , ou pour récompenser sesOfficiers , ou pour placer certaines filles qui ne ^«voient pas déplu avant leur mariage.