de Télémaque .' Liv . X . 491d'eux, non par leurs paroles , mais par toute lasuite de leurs actions.
Pendant que Mentor raisonnoit ainsi avec Té lémaque , ils apperçurent un vaisseau Phéacien ( d )qui avoit relâché dans une petite Isle déserte etsauvage , bordée de rochers affreux. En même-temps les vents se turent ; les doux zéphirs mêmesemblèrent retenir leurs haleines ; toute la merdevint unie comme une glace , les voiles abat-tues ne pouvoient plus animer le vaisseau ; 1 ef-fort des rameurs déjà fatigués étoit inutile. Ilfalloit aborder en cette Isle qui étoit plutôt unécueil qu’une terre propre à être habitée par deshommes. En un autre temps moins calme , 01111’auroit pu y aborder sans un grand péril. CesPhéaciens qui attendoient le vent, ne paroissoientpas moins impatiens que les Salentins de conti-nuer leur navigation. Télémaque s'avance verseux sur ces rivages escarpés. Aussi-tôt il demandeau premier homme qu’il rencontre , s’il n’a pointvu Ulysse , Roi d’Ithaque , dans la maison du RoiAlcinoüs (e).
Celui auquel il s’étoit adresse par hasard , n’é-toit pas Phéacien : c’étoit un étranger inconnu quiavoit un air majestueux , mais triste et abattu ;il paroissoit rêveur , et à peine écouta-t-il d’abordla question de Télémaque . Mais enfin il répondit :Ulysse , vous ne vous trompez pas , a été reçuchez le Roi Alcinoüs , comme en un lieu où l’oncraint Jupiter, et où l’on exerce l'hospitalité ; maisil n’y est plus, et vous l’y chercherez inutilement :il est parti pour revoir Ithaque , si les Dieux ap-paisés souffrent enfin qu’il puisse jamais saluerses Dieux Pénates.
( i ) Phéacien, c’est-à-dire , de Corcire , aujourd’huiCar fou , isle de la mer Ionienne sur les côtes de l’E-pire , dont elle n’est séparée que par un canal d’uneà deux lieues de largeur.
(e) Alcinoüs étoit Roi des Phéaciens , qui reputUlysse après son naufrage.
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