DISCOURS SUR L’HISTOIRE NATURELLE
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granivores ou très-peu. On monte toujours : le pays serétrécit beaucoup, Se le Rhin coule dans un vallon très-profond fur la gauche. Au-delà du Rhin, il y a quelquesvillages , les moiíTons font encore fur pied le 2.2. Sep-tembre ; il y a une quantité de noisetiers aux environs Sebeaucoup d’écureuils qui font presque noirs. Les torrensde la droite charient des pierres schisteuses , composées defilons de quartz & de mica. Du même côté est l’entrée duvallon de Stumer qui conduit au canton d’Uri ; il est aride& sauvage Se rempli de neige. On pafíe par les hameauxde Sargans Se de Saint-Jacob. Muller-Thaï , second val-lon à droite, communique aussi à Uri ; il est aride & sansvégétaux , les torrent y roulent des granits. Plus loin Wal-Diujs, troisième vallon désert, qui va au même canton.La montagne qui ferme le vallon à gauche , se nommeSur ain j on y voie les restes d’un vieux château de Zuthur ,qui a appartenu à un des derniers petits Tyrans du pays;on montre, avec complaisance, le lieu où on lui a coupéla tête. Selva Se plus haut Chiamut, hameaux , font lesderniers endroits habités ; tout ce canton est en pâturages;on y voit, avec surprise, à cette hauteur encore des mois-
sons & des hommes qui font de vrais colosses pour lagrandeur Se corpulence ; il y en a quinze dans ces deux petitshameaux qui ont passé six pieds, Se fortement taillés enraison de leur grandeur.
Après bien des informations fur les différentes sourcesdu Rhin, tout ce qu’on a pu recueillir, c’est que per-sonne ne connoissoit la communication des sources du basRhin, à celles du Rhin du milieu & de celles-ci à cellesdu haut Rhin. II étoît nécessaire de prendre des précau-tions avant de s’embarquer dans ces glaces Se ces neigesà des hauteurs dont on ne se doute pas , & il faut desguides qui connoissent bien ces déserts ; il n’y a que leschasseurs ou les crystalleurs qui s’y risquent. Si on ne leurdonne soi-même l’exemple pour trouver des chemins, ilsvont le moins loin qu’ils peuvent pour gagner, avec moinsde peine, leur récompense, & trouvent de pareilles curio-sités très-inutiles & fort déplacées. Un Ecclésiastique deSelva voulut bien être de la partie , Sc nous accompagnerbeaucoup au-delà de celui qui auroit dû nous montrer lechemin.
Sources du Bas-Rhin.
Le vallon derrière Chiamut , a une forme circulaireassez ouverte, entourée de très - hautes montagnes , dontles sommets couronnés de pics & d’aiguilles , font couvertsde neiges. En sortant du hameau, on côtoyé à gauche leCaveradi, au bas duquel il y a quelques aulnes rabougrisdernière production en arbres, ensuite le laurier - rose desAlpes (le Rhododendron) Se beaucoup d’airelle (Vitisidœa ) , après lesquels on ne trouve plus que des pâtu-rages Se une herbe courte dans les lieux encore suscepti-bles de végétation. A droite de ce vallon est le montCrispait , composé de plusieures montagnes , entre les-quelles est le petit vallon de Surpatijse, auquel nous revien-drons ; plus loin est le vallon de Nourchelas , entre leCrispait-& le mont Badu y, qui est une communication àUrseren, au mont Saint-Gothard. Le mont Baduz fermele fond du vallon , il est surmonté de hautes pointesou pics de rochers : à gauche en retour est la corne oupointe la plus élevée du rocher Caveradi. Au milieu duvallon , en avant du Baduç , est un gros mamelon oumontagne nommée T orna: ces noms font en langue Ro-manseh. Voilà la position des montagnes qui entourentce vallon , Se telles qu’on les voit du bas ; elles font par-tie de l’arrondissement , connu fous le nom de montSaint-Gothard du côté de FEst.
Ce n’est qu’après trois heures de marche qu’on par-vient au haut du Totna qui vu du bas, ne paroissoit pasfi élevé, à cause de la hauteur du Badur^ , qui le surmontebeaucoup. La montée du Toma n’est cependant pas diffi-cile , on chemine toujours fur le gazon ou fur la mousse.11 s’y trouve peu de rochers saillans: cette montagne pa-roît être de nouvelle formation par fa forme bombée Searrondie ; son plateau est très-vaste & couvert de pâtu-rages d’-été ; il y a des parties marécageuses par la quan-tité d’eau qui y séjourne. Trois ruisseaux y font beaucoupde détours avant de se réunir pour tomber du Toma oùces eaux forment une cascade, Sc descendent du côté duCaveradi; le cours des deux ruisseaux, fur la gauche, con-duit au pied du Badu y , la fonte des neiges, qui font àson pied & de celles qui font au-dessus, fournit les eaux
à ces ruisseaux. Les pics qui surmontent le Baduz, sonténormes pour la grosseur , Se ne paroissent du vallon quecomme de petites tours ruinées. A la quantité d’eau quideícend Se s’écouîe de ces rochers, il faut qui il y ait en-core beaucoup de neiges au-dessus qu’on ne voit pas, parceque cette partie de rocher est à pic, & surplombée en beau-coup d’endroits. Le troisième ruisseau qui est fur la routedu Baduz, fournit seul presque autant d eau que les deuxautres réunis. 11 falloit voir d’où il provenoir. Après avoirmonté trois quarts-d’heure, escaladé des débris, des masses,des espèces de montagnes ou rochers, au travers desquelsle ruisseau tombe en cascades, on parvient, avec bien dela peine, à un petit lac , qui a trois cens toises environ ;il est placé entre plusieurs aiguilles Se pointes de rochers , quis’élèvent par derrière à une hauteur qu’on ne peut estimerparce qu’on est trop près. Cette espace est à moitié rempli parune quantité de masses de rochers qui s’y font précipitées.Après avoir erré quelque tems fur ce cahos de décombres,pour s’élever davantage & découvrir quelque passage pourgagner les sources du Rhin du milieu, ou pour découvrir lesglaciers de ces sommets environnants : des neiges peu soli-des , fondues & creuses par-dessous , arrêtèrent d’un côté ;des glaces, des rochers à pic mirent obstacle de l’autre; enfindes nuages qui gagnoient le haut de cette montagne, firentsonger à la retraite, sans avoir pu jouir un instant d’unspectacle recherché Se acheté si cherement. Les nuagesgagnant de plus en plus, il fallut fe hâter de descendrepour franchir les passages les plus scabreux avant d’êtretotalement entouré, Se tout-à-fait dans l’obscurité desnuages, inconvénient le plus dangereux qu’on puisse ren-contrer dans ces occasions, où l’on est entouré d’écueils Scde précipices, dont on a bien de la peine à fe tirer quandon y voit très-bien ; ces nuages étoient une fuite de l’éva-poration occasionnée par une petite pluie quî étoit tombéeavant le jour.
Les rochers de toutes les parties élevées qu’on vient dedétailler, font schisteux ou composés de couches mincesde quartz Se de couches micacées, ordinairement noires,quelquefois ces mica font blancs, jaunes Se de différeptes
nuances.
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