TABLEAUX DE LA SUISSE.
Tell, fan Elégie sur ce Héros helvétien fut imprimée àBerne.
Crauer ( François-Regis ) , de Lucerne , Ex-Jésuite ,«célébré Professeur au College de Lucerne , a composéla Tragédie de l ’Empereur Albert I. Cette piece dramati-que écrite en allemand & en prose, a été imprimée a LucerneEn 1780 i/z-12 ;elle a eu une grande approbation.
Esc aille 3 ou de Lèse ale y ou Lèse aille (Jacques), deGenève-, s’acquit tant de célébrité par le succès de ses verstiollandois, que l’Empereur Léopold lui donna, en 1663 ,ia Couronne des Poètes. II mourut, en ï 6 77 , a 67 ans.-Catherine , sa fille , aussi née à Genève , fut mise par ses•citoyens au nombre des Muses , eut le surnom de la Saphohollandaise , ôc fut appellée la dixieme Muse. Elle mourutle 8 Juin 1711. A plusieurs petites pieces d’agrément &de légèreté, elle a ajouté des Ouvrages dune composition-élevée, des Tragédies en assez grand nombre. Mais ce genreest au-dessus des forces du beau sexe, & nous ne recon-moissons aucune nation , qui ait eu la gloire d'avoir ren-fermé dans son sein des femmes qui y aient excellé (8). Pourformer des caractères , ( dit M. le Comte d’Albon , qui enveut donner la cause ) pour les différencier , les exprimerfous leurs couleurs naturelles y SC d " 1 une maniéré soutenue ,les lier avec une feule action 3 pour nouer une intrigue y filerdes situations , amener & faire éclater une catastrophe quimette le comble à C intérêt , Usant une imagination sorte ,une âme qui abonde en sentiment , un pinceau large , vigou-reux y flexible y une très-grande étendue de talens , qui nefont autre chose que Pesprit exercé SC la sensibilité* Lerecueil des Poésies de Catherine CEscail est imprimé.
Gerber ( Gabriel ) ( p ), natif de Lucerne , Docteur enThéologie, Chanoine de Munster dans le Canton de Lu-cerne , avoit fait ses études à Rome. Rien de si édifiantque l’aurore de fa jeunesse, mais avec le temps il se pré-cipita dans une vie scandaleuse. On tenta de le ramenerà son devoir par les voies de la douceur & de la rigueur.Gerber y fut insensible, 6c pour éviter les corrections qu onvouloit lui faire subir, 41 s’enfuit à Zurich en 15 89 , oùill abjura la Religion dans laquelle il étoit né. II fit desvers latins pour gagner son pain, il devint enfin Ministre& Pasteur y ou Curé de Bulach en 179 j. On vante l’es-prit pétillant de ses vers , 6c leur tournure. Mais c’étoitacheter bien cherement la réputation d’un excellent ver-sificateur latin, que de lui sacrifier la Religion de ses peres ,Testime de ses confrères 6c concitoyens, 6c un gros bé-néfice. Voici les titres de quelques Poésies de fa façon quiont été imprimées à Zurich : Expeditio Germanise Princi-pum Henrici IV y Gallix Régis omine suscepta , 1591,in-4. ; Ode militaris bellicam disciplinam continens , exJ)eut. XX.mine descriptus
y in-4 0 .; Terres motus , 1601 , car-1602 y in-4 0 . î Carminum Nuptialium
fasciculus y in-4.; Mergus Sabandus , SC c. GerSer mouruten 1610 à 50 ans.
Gesner (10), ou Geffner ( Salomon ) , né à Zurich en1730 , d’une famille célébré depuis long-temps dans lesLettres , neveu de M. Jean Gesner, président de la So-ciété Physique de Zurich, qui a été le digne ami du Grand-Haller, ôc qui égala par ses connoissances profondesM. le Comte de Buffon. Le neveu , né pour devenir unécrivain supérieur, n’annonça pas d’abord ce qu’il devoitêtre ; ôc il l’annonçoit même fi peu, que M. Bodmer , ceSavant qui a tant honoré Zurich fa patrie, y fut trompé.Le pere du jeune Gesner le confia dans ses premieresannées à cet habile Professeur; mais on le lui renvoya aubout de quelque tems , en bassinant que les études de sonfils le borneroient à l’écriture ôc aux quatre réglés de l’arith-métique. Le pere ne se découragea pas, il plaça son filsauprès d’un de ses parens, Ministre d’une cure près deZurich. Le bon Curé ne présenta d’abord à son éleveque le grand livre de la nature. II le menoit dans les cam-pagnes , lui en faisoit admirer la beauté, lui apprenois àen connoître les travaux ; ôc voyant qu’il prenoit goût àses leçons , il laissoit échapper dans ses entretiens destraits de quelques-uns des Auteurs anciens qui ont traitéde ces objets avec le plus d’agrément. C’est par cet ingé-nieux artifice que l’esprit de M. Gesner a commencé às’ouvrir ôc à se développer; c’est par-là qu’on est parvenuà lui faire aimer la langue de Virgile & les Ouvrages deThéocrite ; c’est ainsi que d’un enfant qui avoit été condamnéà l’ignorance , parce qu’il n’avoit pu suivre la route ordi-naire , on a formé un homme, dont le Gimnase de Zurichs’honore aujourd’hui comme de l’un de ses Eleves les plus il-lustres. Arrivé à l’àge où il faut choisir un état, M.Gesnerprit le commerce dela librairie, qui étoit la profession de sonpere, ôc en quelque sorte celle de fa famille. De cinq maisonsd’imprimerie ôc de librairie qui sont à Zurich , deux sontoccupées par des Gesner , l’une sous la raison des freresGesner y l’autre sous celle d ’Orell Gesner ÔC Compagnie .Cette derniere est celle de notre auteur ; elle est aussi con-nue par l’étendue de fa correspondance, que par l’éléganceôc le choix des Ouvrages qu’elle a mis au jour. Si l’Alle-magne parvient à bannir entièrement les lettres gothiquesdont la France ôc PAngleterre fe sont délivrées depuis silong - temps, ce fera, en grande partie, aux presses deMM. Orell ôc Gesner qu’elle devra ce changement.
Je ne suivrai pas M. Huber dans le détail qu’il nous adonné de la vie de M. Gesner , mais je parlerai des Œu-vres de cet Auteur, qu’on nomme par excellence le Poètedes âmes sensibles. On en prépare à Paris une superbe édi-tion (11) , ornée d’estampes, vignettes ôc cul-de-lampes ,en trois volumes in - 4 0 . De toutes (12) les poésies pasto.raies qui ont paru depuis Théocrite ôc Virgile jusqu’à nos
( 8 ) Discours fur la Suisse , p. nMiî.
( 9 ) M. de Baltka\ar, Eloges des Hommes Illustres du canton de Lucerne,ç. 715 7J, cn allemand.
M. Leu, Dict. Hist. de la Suisse , tome VIII, p. 4; 1,4,2.
(10) Jean Conrad Fuesjlin , de Zurich. Histoire des Artistes les plus célébrésêela Suisse, tome III, p.64. Zurich , 1770 , in- 8 °. avec figures. Notice rai-sonnée de la Vie Ôc des Ouvrages de M. Gesner, placée à la tête des Ou-vrages choisis de ce Eoëte > Paris, i774»*n-.i2, p. 2J-77. Cette notice elì
de M. Thomas Huber , de plusieurs Académies , qui quoique Saxon, a été lefidele & élégant Traducteur de M. Gesner, en françois. Voyez aulfi FaefiDescription topog. de la Suisse, tome I, p. 181. *
(11 ) Promise par souscription. M. le Barbier Y aîné, Peintre, est l’Auteurde cette collection. II a choisi pour les graver, MM. Godesroi & Ponce dont
les talens font déjà connus. L’Editeur donne avec les Estampes 1 elérametraduction de VI. Huber. V eganie
(12) Piospeílus de sédition de Paris, annoncée lé n Mai 1779.