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Tome deuxieme et dernier.
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POETES, MUSICIENS.

Jóurs, il n’y en a aucunes qui offrent des situations pluspittoresques & des tableaux plus intéressans que les Idyl-tes (13) de M. Gesner', il n’y en a aucunes qui nous pei-gnent avec des couleurs plus séduisantes les mœurs douces& pures des premiers siécles du monde. C’est dans ces temsheureux quí n’existent plus que dans notre imagination, quele Poëte s’est transporté ; en écrivant il n’a écouté que lessentimens de son cœur. La vertu & l’innocence ont accordéla lyre, les grâces naïves & l’amour pur & chaste ontconduit fa plume. Si quelquefois fa muse s’égare & badine,toujours douce SC timide , elle s’arrêtë au but posé par ladécence, & ne le franchit jamais. Tous les cœurs sensi-bles ont donné des éloges à M. Gesner , & nous ne pou-vons nous empêcher de mettre ici fous les yeux du publicce qu’en a dit M. de Ckabanon dans son Dispours furThéocrite.

« Toutes les grâces d’une imagination riante & sensiblei4 que nous aimons dans Théocrite & dans Virgile , on les

* retrouve dans la poésie de M. Gesner j & l’effet en est34 d’autant plus doux, que toujours l’innocence les accom-34 Pagne & les embellit ; c’est-là que l’amour n’est point34 1 erreur des sens, le désir d’une imagination dépravée ;34 c est un sentiment pur & délicieux; c’est un hommage34 qu on rend au ciel même, en adorant ce qu’il a mis de34 plus parfait fur la terre, l’innocence & la beauté unies54 l’une à l'autre.

34 Cet amour épuré n’est pas le seul sentiment honnête84 dont M. Gesner ait tracé la peinture ; l’amour paternel,84 la piété filiale, l’amitié, la bienfaisance ont trouvé place® dans ses tableaux; lorsqu il écrit, le cortège des vertus84 1 entoure. Presque toujours, comme il le dit lui-mênie,54 d place la scène dans Page d'or. Mais tel est l’art dé34 l’Ecrivain, qu'en le lisant, cet âge merveilleux ne pa-34 roit point une chimère ; ou je me trompe, ou les poé-34 fies de M. Gesner , lues par des jeunes gens à la cam-

* P a gne, loin des exemples corrupteurs & de Pair empoi.34 sonné des villes, doivent les passionner pour la vertu.34 Heureux âge, qui peut tirer un tel profit de ses lec-34 íeurs ! Plus heureux le Poète à qui l’on peut donner un6 éloge si rare » !

. A Pégard du pòëme d 'Abel (14) , que pourrions - nousAjouter à ce que toute ame sensible a éprouvé en le lisant?u ne peut qu’admirer. Au sublime talent de la poésie,

Gejher joint celui de la peinture ; & cultivant cet artavec succès, il en parle en maître dans ses Discours furI e Paysage, II a dessiné & gravé lui-même quelques estam-

pés de ses livres; ainsi Poëte & Peintre tout-à-la-fois,il devoit naturellement nous tracer des tableaux intérêt,fans, & échauffer notre imagination.

Un Ecrivain, quin’eût été que Poëte, n’auroit pas en-tré dans des détails qui n’appartiennent qu’à la peinture.II n’eût pas décrit la variété piquante des effets de la na-ture dans tous les instans du jour, & c’eût été vainementque l’étonnant pays {la Suisse) qu’il habite, lui eût fournimille exemples frappans , s’il n’eût pas su les remarquer.Peint-il un orage, on volt les éclairs serpenter en filionsde feu fur le front obscur des nuages : c’est ainsi que lecélébré Kernet s’exprime fur la toile pour nous étonner.

Cependant le calme renaît, & Parc - en - ciel paroît ;M. Gesner en imite les couleurs ; il peint les différen-tes impressions de la lumière fur tous les objets. II nousfait suivre de l’œil l’ombre grisâtre qui fuit au loin, enternissant alternativement les différons plans qu’eile privedes rayons du soleil, par l’interposition des nuages. Enfinla nature reparoît avec tous ses charmes , & les plantesencore humectées de l’orage, n’en réfléchissent que mieuxl’éclat du soleil. Alors redevenant Poëte par une heureusetransition , il tire parti de ce magnifique spectacle , enfaisant dire à l’un de ses bergers; ô Daphnél rien n estcomparable à ce ravissement , fi ce ri est le charme d. êtreaimé de toi. Le lecteur , fans s’en appercevoir, a été affectédes mêmes transports. Quelle variété champêtre dans tousses sujets î s’il peuple ses paysages de troupeaux, c’est tou-jours dans des situations différentes ; tantôt à l’ombre fraî*che des bois , tantôt à la lumière dorée du soleil, & surle bord des lacs où ils se réfléchissent avec les Saules quiles bordent. Si la scene se passe à la lueur douce & itï-icertaine de la lune; c’est avec des tons vagues & indécisqu il la peint , & il n oublie pas de brillanter la surfacestranquille des eaux par sa foible lumière,

S’il sort des bras du sommeil appellé par Paurore, il nepeint cet instant ravissant, qu’avec des couleurs argentines Scaussi fraîches que la rosée. Le charme de son pinceauest si puissant , qu’il fait éprouver à notre ame toutesles sensations délicieuses que la nature inspire à son réveil*

Si pendant la chaleur du jour il se repose à 1 sombre diichêne de Palemon , avec quel art merveilleux il opposeà sa cime majestueuse un modeste buisson de roses sauva-ges, dont les zéphirs font respirer la douce odeur ! On nepeut s’empêcher de dire avec ses bergers : votre ombre minspire un saint transport.

Glarean (15 ), ou de Glaris , en latin Glarona ( Henri-'

_ ^ r 5 ) Toutes les Œuvres de M. Gesner C ont en prose poétique* Le petit° eme ta nuit y qu’il publia en 175 3 , à son retour de Berlin , a été sa pré-

n^ere produdtton. On regarda dès-lors ce Poëme comme un original qui*voit pas de modele parmi les modernes. M. Gesner donna presqu’en^cme-tems en 1755 son Roman pastoral de Daphnis , en trois Chants, 8cutte de la petite piece à'Inkel 8c de Jarico. Tout le monde en a vu l’histoireP véritable, rapportée fous ce dernier titre, dans le tome premier du" e attUr > Gellert en a fait un Conte en vers, que les Allemands saventP 31 cœur : M. de Rivery l’a paraphrasée en vers françois ; M- Sídalne nousa auffi racontée en vers ; elle fait le sujet de l ’fíéroïde ie Zeila à Valcouit ,P ar M. Dorât , 8c M. de Ckamfort en a tiré sa Comédie de la Jeune Indienne..Après Daphnis , parurent les Idylles 8c quelques autres petits Poèmes cham-* e s. — En 1758 , M. Gesner publia pour la premiere fois ìa Mort d'Abel.

e ^ rem ìer Navigateur , Poëme en trois Chants , que bien des personnesar e nt en Allemagne comme le chef-d’œuvre de M. Gesner , redoubla

l’admiration de l’Europe. M. Gesner s’est auL! essayé dans le Drame pastoral}mais il faut l’avouer ; il n’y a pas été aussi heureux que dans les autres partiesde la Poësie champêtre. II a donné dans ce genre Evandre 8c Alcimme- Ledernier écrit de M. Gesner est un Mémoire qu’il fit vers 176; , pour la So-ciété Helvétique, qui fut établie à Schininach , dans le canton de Berne.J’en ai fait l'éloge ailleurs.

( 14 ; Voici rinscription que Jean-Jacques Rousseau de Genève a placéeau bas de l’Estampe de la Mort d'Abel , gravée par Porporati. Prima mors ,primi parentes , primus lublus.

( 1; ) Bibliotheca Conradi Gejfneri , éditio Fristi , p. ji8.

Leu Dict. Hist. de la Suisse , tome XII, p> , à l’article de Loretì ou

Loriti.

Jrumpi , Chronique du canton du Glaris, p. 290-251, en allemand.

Jthenoe Rauriœ, 247-r; ' & 4 >>- - E Jf a [ lur la musique ancienne

& moderne, tome IH, P- 34 Í- P ar4S • ^-4 • fig-