Band 
Tome deuxieme et dernier.
Seite
144
JPEG-Download
 

ï4*

TABLEAUX DE LA SUISSE.

ligentréussissoit, comme on a lieu de l’espérer ; alors-les forêts leur promettroient une provision plus que suffissanté de bois de construction , & les houillieres feroientespérer une quantité presqu’inépuisable de matières néces-saires: pour le chauffage, & pour tant d’autres usages infini-ment importans au Commerce.

Si le pays , sujet à la ville-de Baie, se trouve dans unétat florissant, la ville même ne Test pas moins. Son com-merce s’est augmenté de jour en jour, & d’une maniéréprodigieuse depuis vingt-quatr© ans : les Manufactures derubans en font lu branche la plus importante. II y en aplus de vingt. Les cinq ou fix manufactures de toile.peinte.,qui se trouvent à Baie, sont des affaires très - étendues.Les fabriques d’étoffes de foye , transplantées depuis peu,de nouveau dans cette ville , commencent à s’y étendre& à ,promettre du succès. La Bonneterie y étoit ancien-ment la fabrique principale. Elle ne se fait plus tant remar-quer , depuis le brillant succès de celle des rubans j maiselle ne laisse pas d’occuper plusieurs maisons opulentes.Les papeteries font d’un rapport assez important , & ily a quelques librairies qui, quoique infiniment au-dessousde ce qu étoient autrefois celles des Oporin & des Froben ,xendent peut-être plus à leurs entrepreneurs. Les tanne-ries de cette ville méritent également d'être nomméesparmi ses manufactures. Le commerce qui s’y fait en mar-chandises étrangères, n’est pas d’une moindre importanceque les manufactures, & il y a nombre de maisons très-puissantes qui s’en occupent. II y a de même quelquesusines ou ujuines dans le Canton & dans son voisinage,,qui sont d’un très-grand rapport aux Citoyens qui en fontles entreprises. Tant de manufactures, tant de commercesde différentes espaces, ne sauroient que faire fleurir lesarts mécaniques & les métiers. C’est ainsi que la teintu-rerie & la blanchisserie rendent beaucoup. La fureur debâtir, qui s’est emparé depuis plusieurs années de tant degens opulens, fournit un gain très-considérable aux pro-fessions relatives à l’architecture. Les autres arts asservis auluxe & à la frivolité, y font également favorisés par l'ac-eroifíement des richesses.

La révolution qui a porté l’opulence de nombre demaisons à un point si éminent dans cette ville, a été très-subite, & c’est la rapidité avec laquelle les richesses d’unepartie des Citoyens , se sont accumulées, qui a renduà l’autre cette inégalité moins supportable. Elle a aug-menté & presque doublé dans peu d’années les dépensesLe les besoins, & elle a rendu la frugalité ôtla parcimo-nie absolument impossible aux personnes que l’anciennesplendeur de leur famille & le rang qu’ils occupent dansla République, égalent aux plus opulens de leurs Con-citoyens , tandis que l’infortune les met infiniment au-dessous d’eux. L’Etat même s’est trouvé tout d’un couppauvre en comparaison de ses Citoyens ; les pensions &les salaires qu’il donne à ses Officiers ne font point dutout proportionnés. Iln’y a presque plus de Citoyens quipuissent íe résoudre à vouer leurs enfans àl’Etat, aux Let-tres , à l’Eglise. Tout le monde se jette, ou dans le Com-merce, ou dans les états les plus vils, ôt la Républiquecourt risque de manquer dans peu de cette classe hono-rable & précieuse de Citoyens qui, entre la richesse &la pauvreté, vit dans une malheureuse indépendance, ôc

fourniroit à l’Etat des sujets pour les professions les plus.refpectables -, comme des Ecclésiastiques, des Militaires, desGens de Lettres, des Médecins, des Artistes; ce qui faitencore que, par une gradation insensible, les richessesdes Négocians deviennent moins odieuses aux gens de laplus basse condition, ce qui ne pourroit être qu’infinimerìtdangereux dans un état -où la premiere loi est l’égalitédes Citoyens.

L’inconvénient important dont on vient de parler seroicbeaucoup moins sensible dans cette ville, fans son extrêmedépopulation. Quoiqu’on en puisse dire, ceux qui ont gou-verné cette République du tems de la révocation de T Editde Nantes , font inexcusables de ne pas avoir profité decette époque pour rendre leur patrie florissante, & d’avoirrenvoyé à l’Electeur de Brandebourg & aex autres Puissan-ces du nord, ceux des Réfugiés François, qui y auroientdès-lors fixé leur industrie , les Arts & le Commerce, &qui en auroient sûrement banni cette même disette quiservoit de prétexte au refus qu’on leur avoir montré. Cetteville seroit actuellement une des premieres de l’Europe àcet égard. Les ancêtres de ces Magistrats pensèrent bienplus sagement; leur grande maxime fut que rien n’étoitplus propre à rendre leur état florissant, que la réceptionde tous ceux qui voudroient s’y transplanter. Un intérêtmal entendu, une jalousie mal placée & une complaisanceimbécille, maux qui ne sont que trop communs dans le§Etats démocratiques , sur-tout dans ceux qui ont conservéla constitution municipale, avoient. déjà commencé à atta-quer cette sage maxime dans le milieu du siécle passé. Lezele peu éclairé des Réformateurs de 1718, réussit à dé-fendre absolument toute réception de nouveaux Bour-geois. Us crurent avoir fait merveille, & avoir rendu à'1 Etat le service le plus important. II est cependant biestnaturel qu’une grande ville qui ne reçoit plus de tems esttems de nouveaux renforts de Citoyens, en soit dégarnieen moins de cinquante années. La ville de Baie eut csfort, & le mal devint très-sensible il y a vingt-quatre ans-Ce fut alors qu’on commença à s’élever contre une loi flmal imaginée. On parvint enfin à la faire changer; niaison y en substitua une qui, décrétant la réception d’ustcôté, la rendit impraticable de l’autre. On fit un régie -ment plus modéré quelques années après ; cette nouvelleloi étoit encore assez décourageante, on commença néan-moins à en éprouver d’heureux effets, & ils auroient étébien plus grands, si la jalousie, l’intérêt particulier, l’igst 0 'rance & les préjugés réunis contre le bien public, n’eus'sent réussi à en faire suspendre l’exécution. Cependant l 6nombre des Citoyens diminue de jour en jour; le mal n ie 'nace de devenir irréparable, & de nouveaux motifs solA'citent une réception illimitée de tous les étrangers st 111 *voudront s’établir dans cette ville. Quoique les revendde l’Etat se soient accrus d’année en année depuis ving^huit ans, ils ne suffisent plus pour en soutenir les dépensqui deviennent toujours plus grandes. Les besoins de l aRépublique augmentent comme ceux des particuliers, ^exigent indispensablement d’aviser aux moyens d’en accroî-tre les revenus. 11 n’y en a sûrement point d’auffi avast -tageux & d’aussi convenable que celui d’encourager ^ eSétrangers à porter dans son sein de nouvelles branch eSd’industrie, & à y étendre les anciennes. Cette augst 1611 *