TABLEAUX DE LA SUISSE.
Au (27) pays des Grisons , les fabriques fe bornent à-quelques (28) filatures de coton, à quelque peu de toilespeintes & d’Etoffes en soye , ôc à la fabrique de (29) di-vers poêles, jattes ôc tasses, travaillées au-tour d’une pierre^réfractasse, appellée Lavera, ou Lavées , en allemand >Lave^-Steinen , de couleur, tantôt cendrée , tantôt ver-dâtre , qui s’exploite dans le Comté de Chïavenne. Outrecela, le transport des marchandises d’Jtalie en Allemagne,qui fe fait à dos de mulets , ou de chevaux, produit quel-que salaire aux paysans, placés à portée de ces passages.La plus grande partie du Comté de Chiavenne est très-fertile en fruits , en châtaignes , en vins ôc en prairies.
Un petit peuple qui ne trouve dans son propre territoireque la moindre partie de sa subsistance , ne peut se conser-ver qu!en attirant che £ lui , par des manufactures G parle commerce , les richesses nécessaires pour suppléer à sesSesòins.
Tel est le raisonnement avec lequel M. de Tscharner (30)commence la description du Commerce de Genève , quel’intérêt personnel des individus à eu Fart de porter au-delà des bornes de la modération, toujours si nécessaireà une République qui ne doit jamais perdre de vue leprincipe de son établissement. Je rappellerai ici les réflexionsdu Philosophe suisse, dont j'ai fait mention dans le préam-bule de ce chapitre, fur ce passage de M. de Tscharner , queje lui ai communiqué. « Si tous les Etats helvétiques ,S, me dit-il , grands ou petits , étoient portés au même» point d’opulence où vous voyez la ville de Genève ,» dont le territoire est cependant très-circonscrit, ôc si ,» après cette métamorphose des enfans du Dieu Mars ,» en enfans de Plutus , chacun de ces états , pour ne pas» déranger les spéculations du comptoir, défendoit même» qu'o n battît le tambour dans ses murs pour recruter» les compagnies qu’ils auroient avouées au service des» Puissances étrangères ; quel horoscope tirerions-nous» de cette révolution générale ? Rappellez-vous les noms„ deg états , qui, pour s’être uniquement occupés de» saunage, ont été aunes à leur tour ». Mais , lui ré-pliquai-je ^ f les Gènevois défendent qu on batte le tam-bour dans leurs murs pour des recrues , ils ne fe leventpas moins dès íaube du jour pour veiller à leurs affaires /oui, reprit t observateur , ce sont des abeilles actives ôt in-fatigables , qui ne permettent pas l’accès de leurs ruchesaux Guepes ôc aux Frêlons.
Déjà du temps des Evêques, la draperie faisoit à Genèveun ob jet important de main d’œuvre. Depuis la Réforma-tioti , ^Imprimerie & le Commerce des livres font deve-nus de nouvelles branches d’industrie pour Genève. L’Or-févrie ôc la Bijouterie y font depuis long-temps floris-santes. La feule marque des cuirs travaillés produifoit, ily a trente ans , trois mille livres annuellement. On ne citerapoint diverses branches moins lucratives , ôc dont les suc-cès ont été passagers ; l’objet de main d'œuvre le plus con-
sidérable , c’est l’Horlogerie (31); on comptoir dans côseul art huit cent maîtres avant les derniers troubles îon estime qu'il occupe le tiers des habitans de Genève.
Dans les anciens temps où Timperfection des arts , ladisette des monnoyes , ôc les défauts du Gouvernementféodal resserroient le Commerce, où les postes ôc les lettresde change n’étoient pas connues, les échanges & les mar-chés se saisissent dans les foires publiques, pour lesquel-les presque toutes les villes s’empressoient d’obtenir desprivilèges des Empereurs & des Rois. Dans ces temps ,les foires de Genève étoient le rendez-vous des marchandsd’une partie de la France , de l’Italie & de la Suisse. Au-jourd’hui que ces grands marchés nationaux font fixés dansun petit nombre de places, où les» dérailleurs vont for-mer leur assortiment, les foires annuelles ne font plus aGenève , comme dans la plupart des autres lieux, que desmarchés de bestiaux, & des suspensions des immunitésbourgeoises en faveur des colporteurs. Outre la vente desmarchandises fabriquées dans Genève , fa situation procureà ses citoyens des profits fur les commissions du Com-merce , ôc quelquefois même fur les entraves que les Gou-vernemens voisins mettent furies entrées ôc sorties de leursétats. Les Particuliers riches spéculent sur des objets in-connus à tous nos ancêtres , fur les emprunts des Puissan-ces étrangères, ôc fur les révolutions dans le crédit deseffets publics qui représentent ces emprunts ; fans cetteactivité industrieuse du peuple, qui augmente la circula-tion des especes, la République ne trouveroit point lesrevenus suffisons pour balancer ses dépenses. On peut évaluerses revenus annuels à 500,000 liv. de France. Le produicdes fermes, des domaines de l’Etat, des dixmes, censôc lods , ne soit qu'environ la moitié de cette somme ; unetaxe personnelle ôc réelle , qu’un chacun peut payer danSde certaines limites , rend environ 100,000 liv. de France.Tout le reste est le produit des taxes indirectes fur l'industrie»celui des gabelles , des droits d'entrées ôc de transit , depéages, ôcc. Après déduction faite des dépenses ordinairesde l’Etat, il ne reste pas beaucoup d’épargne à fasse pourles cas fortuits ôc les besoins extrordînaires. Les pensions,attachées à tous les offices publics, font plus que le quartde toutes les dépenses ; l’entretien seul de la garnisonabsorbe chaque année 130,000 1.; celui des bâtimens pu-blics , des chemins ôc des fortifications, divers frais à QPolice, & quantité de menues dépenses forment le reste âeZcharges annuelles.
Dans cette énumération des charges publiques ije n'ai pas fait mention de l’hôpital. II dépense plu?de cent mille litres chaque année. Le peu qu’il y a àsfonds est suppléé par des collectes annuelles, par des leg 5testamentaires , ôc par des aumônes qui se font journellementjans les Eglises.
On voit par ce tableau combien le commerce in^U?fur les revenus de l'Etat. Genève est comme le mag^stu
(17) Tscharner, ibidem, tome II, p. 3?, 40.
(z8) A Caire on fabrique des indiennes 8c des étoffés en foie* On cultivebeaucoup de foie dans le Comte de Chiavenne.
(19) Les habitans du Comté de Chiavenne font un grand trafic d’ouvra-ges de poterie 4e pierres de Lave^hi, qui conserve tres-long-tems fa cha-leur.
(30) Ibid., tomel, p. 240 & fuiv. „
(z r) Les articles d’horlogerie, insérés dans le Dìfìionnaire Encyclopédie ’font de M. Rom'dly , de Genève, qui a été l’intime ami de Jean - Ja c! i ue ^Rousseau. Les manufactures de Genève font celles des galons, d'étoffes ^bas de foie, Pimpreísion des livres, les toiles peintes, la jouaille* 16 *sur-tout l’horlogerie,