TABLEAUX DE LA SUISSE.
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<par quelques observations fur celui de la République duF~allais. Ce font ( 3 j ) les pâturages , les troupeaux & les■bois qui font le principal objet de revenu ôc d : exporta-tion de ce district. Les vins ôc les grains, qu'o n récolte■dans quelques parties de la vallée, ne fuffiroient pas même-pour la consommation -intérieure sans la grande frugalité-des habitans. Dans les districts supérieurs du pays, on neieme, tout au plus, que des grains de Carême , qui ne-parviennent à leur maturité , que vers le commencement-de l’automne , tandis que les districts les mieux exposésproduisent du beau froment , Ôc que la moisson y est forthâtive. II en est de même des fruits des arbres ; dans lesdieux élevés, comme aux environs de Sion, de Sierre ôc de’Qontey , à peiné quelques fruits à noyau peevent-ils mûrir ;-les figues & les grenades simples mûrissent en plein air. AMartigny, on cultive detrès-bons vins, entre lesquels ceuxde la Marque ôc de Coquempin font les plus renommés.■II y a dans ce bourg un grand dépôt de marchandises, tant.pour le Vallais même que pour l’Italie, Les vins du VallaisLont en général estimés, ôc il s'en fait une grande exportationdans les Pays de Hasel & de Sanen , Ôc autres districts duCanton de Berne, ôc même dans celui SU r i. Le miel est*aussi dans le Vallais une branche de Commerce. Je revien-drai à ces différens articles dans la Topographie de ce pays.
Je joindrai à ce tableau du Commerce actuel de la Suisse^quelques réflexions du Philosophe helvétien , dont j'ai.parlé au commencement de ce chapitre, ôc à qui je doisla majeure partie des remarques qui y font exposées.
II n’y a que (36) l’agriculture qui puisse assurer un bien-être durable ôc indépendant. Qu’on se rappelle à ce sujetla calamité (37) presque générale, dont la Suisse fut dé-solée en 1771. Qu’on compare la population de la Suissede contrée en contrée, de village à village : les listesproduites démontrent que par-tout où le Commerce do-minoit le plus , on éprouva le plus de mifere , & qu’aucontraire on s’en appèrçut à peine dans les lieux où l’onne vivoit que des travaux de l’agriculture ; l'on voyoitmême régner la plus grande aisance dans nombre de fa-milles , composées de cultivateurs , parce que le haut prixdu grain, provenu d’une récolte médiocre, en égaloit lesprofits à ceux de l’année la plus abondante.
Dans le Canton (38) SAppen^ell réforméj où depuisbien des années les manufactures de toiles de lin ôc decoton avoient répandu beaucoup d’aifance ôc produit unepopulation extraordinaire, tandis que la culture, parti-culièrement celle du bled, y étoit très-négligée , la pro-portion des naissances aux morts fut en 1771 de 1000 à3.718 ; au contraire , dans le Canton cCAppen^ell catho-lique , où l’on a travaillé peu pour les manufactures, ôcoù l’entretien des bestiaux forme la principale branche dela subsistance des habitans , la proportion des baptêmesaux enterremens ne fut que de 1000 à 2134. Dans lesCommunautés protestantes du Toggenbourg où l’on cul-tive encore un peu de bled, mais où l’activité des habi-tans est entieremênt tournéeà la fabrication , cette propor-
(35) Tscharner , ibidem, tome II, p. 60 8c 169, 8c Faesi , tome IV,page 153.
(36) Le Socrate Rustique, vol. II, lett. III, Lausanne 17 77 » in-11.
(37) La mifere giui résulta de cette cherté,fut par-tout en proportiondirecte du nombre des ouvriers employés aux manufactures.
tion fut de 1000 à 2807 ; dans les communautés protestantesde la Turgovie , où l’agriculture ôt les manufactures sontà-peu-près en équilibre, la proportion des naissances auxmorts fut de 1000 à 2393 ; dans le Canton de Zurich ,où, proportion gardée , l’on cultive moins de grains quedans la Turgovie , mais où la sage prévoyance des Peres■de CEtat avoir établi dès long-temps des magasins pourles besoins pressans, & où le fisc étoit en état de faireles frais nécessaires pour se procurer du bled des payslointains , ressource que le Canton S Appen^ell & la Tur-govie n’avoient point, la proportion des baptêmes auxenterremens fut de 1000 à 1573.
Nous avons sous les yeux la liste des naissances , desmorts ôc des mariages du Canton de Baie, depuis 1767jufqu’en 1774 inclusivement. On y voit les effets très-sen-sibles de la disette de 1771 sur les mariages ôc les nais-sances. L’interruption des manufactures durant cette ca-lamité presque générale en Suisse , influa beaucoup sorla diminution de l’espece humaine. On observa que dansle seul Canton de Baie , où une très - grande partie deshabitans de la campagne est employée à la fabrique desrubans , la grande cherté qui fit monter en 1771 le painau triple ôc au quadruple du prix commun, occasionnal’expatriation de cent quinze familles, composant quatre■cent quatre-vingt-quatre personnes, qui se transplantèrent,avec l’agrément du Souverain , dans les Colonies angloi-ses de l’Amérique Septentrionale. En vain m’objectera-t-on qu il ne faut au Canton de Baie que quatre ou cinqans pour remplir ce vuide, parce que le retour de l’abon-dance & en même tems celui des manufactures, rétabli*ìront la population ; mais il n’est pas moins vrai que l’ex-patriation énorme dont j’ai parlé, prouve que la popula-tion dans un tems de cherté est trop forte, relativementaux moyens de subsistance du pays. La disette de 1771 rédui-sit toUs les habitans qui vivoient de salaire à la plus grandenécessité. Le mal devint d’autant plus pressant, que dansle même tems toutes les manufactures cesserent presqueentierement, ôt qu’il ne se payoit plus que le tiers dessalaires ordinaires ; les habitans que la fabrication faisoitvivre, avoient dix à douze fois plus de peine à se nourritque dans les années précédentes, puisqu’avec le tiers deleur salaire accoutumé, il leur falloit payer le pain troisà quatre fois plus cher.
Rien n’est si effrayant que le tableau de la famine qu’es-suya le Canton de Zurich dans le même temps. Un sa-vant observateur , après avoir (39) tracé toutes les horreursde cet événement, en termina le détail par cette réflexion*Ces tableaux déchirans commencent à s’effacer de notresouvenir , pour faire place aux anciens préjugés , SC Piffl'pardonnable légéreté avec laquelle on traite C agriculture ffait naître cet esprit de prodigalité qui conduit à dijsp e1>les salaires pour satisfaire à ses appétits désordonnés.
Une triste expérience nous apprend que c’est dans soslieux où le nombre des fabriques est excessif, que les gran-des chertés ôc la famine fe font le plus fréquemment
(38) Le Socrate Rustique, tome II, p. 17A 8c suiv.
(Z 5 >) M. d 'EttÌTTqel, premier Médecin de la ville de Zurich , efl 1’Auscfltdu Socrate Rustique. Voyez le second tome de cet excellent Ouvrage , p- *7S".18J f édition de Lausanne, 1777 , in-n,
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