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Tome deuxieme et dernier.
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Prises mal concertées në servirent^chaînes.

Le Tableau-moral de la Suisse se présente sous diffé-rentes faces. La Suisse allemande & la Suisse romande ousrançoise ) ne se ressemblent en aucune maniéré, non plus<jue le pays des Grisons & celui àxx Vallais . Nous partage-rons ce tableau en divers ccmpartimens, ôt nous commen-cerons par celui des Etats- Arifiecratiqu.es. Mais avant quede le tracer, on ne doit pas oublier que la disparité entre lesmœurs des Suisses, à la fin du quinzième fiecle & dansles deux suivans, -ôt entre celles des Suisses de nos jours,est frappante aux yeux de tous ceux qui calculent les ré-solutions morales des nations, à chaque période de cin-quante ans. S’il y a quelques traits indélébiles dans le ca-ractère des peuples, comme ceux que César ôt Tacite ontobservés dans les Gaulois ôt les Germains de leurtems,il faut cependant avouer que les François ôt les Allemandsne font pas en général les mêmes que leurs ancêtres, pourles mœurs ôt le cqflume . Mais fans remonter à des épo-ques trop reculées, contentons-nous de rapporter ici ladescription que Guichardin (24) (mort en 15 40), a laissé^des Suisses de son fiecle, ôt comparons-la avec celle qu'onferoit des Suisses modernes dont une grande partie paroîtsubstituer à l’esprit militaire ôt rural, celui des manufac-tures. Voici comment 8 exprime F Auteur de l’Histoire des-Guerres d’Italie : « Les Suisses sont naturellement belli-

» queux, rustiques ôt plus adonnés à la garde des trou*« peaux, qu aTagriculture, à cause de la stérilité de leurs» montagnes. —■ Ce peuple sauvage ôt grossier s’est rendu» redoutable par une grande union de tous ses membres,» Ôt par la gloire des armes. Un courage indomptable ,» joint à une discipline admirable, a non-seulement ga-» ranti leur pays dëTinvasion des Princes, mais leur a» encore acquis beaucoup de réputation au-dehors dans» fart militaire. Cette intrépidité auroit fait plus d’hon-» neur à ces peuples , s’ils l’avoient employée à s’agrandir,» au lieu de la vendre à l’ambition des Princes, ôt s’ils» s’étoient proposés un objet plus noble que l’argentj» mais ils se sont tellement laissés corrompre par Pavarice,» qu’ils ont manqué Poccasion de se rendre formidables» à toute FItalie; en ne sortant de leur pays que pour» trafiquer de leur sang, leur République n'a jamais re-» tiré aucun fruit de leurs victoires. L’avidité du gain les» a accoutumés à rançonner tyranniquement ceux qu’ils» fervent, ôt à se rendre insupportables par leurs deman-» des excessives, & par des mutineries continuelles, lors-» qu’ils ne sont pas contens». II est bon de se souvenir,après avoir lu ce tableau, que l’Auteur avoit, commeFlorentins le cœur ulcéré contre les Suisses, qui avoientfait tant de descentes en Italie, ôt avoient même disposdu sort de la Lombardie.

T AB LE AU X DE LA SUISSE.

qu’à appesantir leurs

ï. Mœurs dans les Etats Aríflocratiques de la Suisse,

Le devoir cfun voyageur dans la relation qu’ií donne auPublic, doit-êcre le même que celui de l’Historien (1) : ilaura pour premiere réglé, celle de ne vouloir dire rien defaux, ôt pour la seconde, celle d’oser dire la pure vérité,afin de n’être pas taxé de partialité 8c de dissimulation. (2) S’ilblâme, il doit le faire fans aigreur Ôt fans obstination, &íì on le critique, il doit se préparer sans passion à la censure.Je voudrois aussi dans les voyageurs un extrême scrupule,loríqu’il s’agit de rapporter les choses qui blessent la puretédes mœurs. C’est ainsi qu’écrivoit Paufanias (3), il n’osepoint mettre sous nos yeux les sacrifices nocturnes que la■Grece faisoit à Bacchus. Je fuis persuadé qúe (4) la pudeurest dans un écrit comme dans une femme, la premiere desGrâces. Ainsi je me garderai bien d’imiter la licence que

P°gg e (5) a affectée dans fa description des bains de Badeen Suisse. Les anciens ne nous ont pas laissé une Peintureplus expressive des fêtes (6) du mois de Mai que celle qusce Florentin nous a tracée, des plaisirs que l’on goûtoitde son temps aux eaux minérales de la riviere du Limmat•Mais je ne voudrois pas non plus imiter Pemportement aveclequel l’Evêque de Saliíbury, Gilbert Durnet , a écrit so 11voyage (7) de la Suisse ôt de l’Italie. On y trouve par-toucla déclamation d’un ennemi irréconciliable de FEghs eCatholique Romaine. J’éviterois de même le ridicule quss’est donné le fanatique Mijfon dans fa relation (8) d'Italie 1ouvrage rempli de contes pitoyables ; il est des limites qu llfaut savoir respecter, ôt je ne m’en écarterai pas. A u resteje ne puis que rire de la plate ôt insipide plaisanterie de

(14) Hist. des Guerres d’Italie, traduite de l’Italien, tome II, p. 2IJ< 3 c r. r 4. Londres, 1738, ira- 4 °.

(1) Cicéron fixe ainsi les devoirs d’un Historien : Qws nescit primam esseHistoria legem , nequid saisi dicere audeat ì Deindè nequid veri non audeat ì Nequasuspìcio^gmíœsit in scribendoî Ne qua simultatis ! (De Orat. Iifa. II, cap. IX& XV).

(2) Cicero , Tuscul. 2. Et refelli fine pertinaciâ, & refelli sine iracundiâparati íumus.

(}) Savant Historien & Orateur grec dans îe deuxieme fiecle, fous lerégné d’Antonin le Philosophe. Il nous reste de lui une excellente Descriptionde la Grèce, en dix livres, dans laquelle on trouve non-seulement la situa-tion des lieux, mais aussi les antiquités 6c tout ce qu’il 7 a de plus curieuxSc de plus intéressant à savoir fur l’ancienne Grèce. La meilleure éditiongrecque-latine de Pausanias, est celle de 1696, in-folio, avec les notes de•Kunhiys. L’Abbé Gedoin en a donné une traduction françoise, Paris, 1731,■en deux volumes in- 4 0 .

(4) Journal étranger, Juillet, 1756, p. 84, Paris, vy<;6, in- 12.

(5) De Balneis propè Thuregumsids descnpúo, p. 113,114 » inter Poggiì opéra,

Argentine Schot, 1313, in-folio, cum fig.

(6) Andréas Rivinus, diatriba de Majumis, Maicampìs Roncaliis , p-

621, in colleôHone Dijfertationum, apud Grœvium. Trajeóh-Batavorum , r 77 ^'i/1-4 0 ., cum fig.

(7) Voyage de Suisse & d’Italie, en François, Rotterdam, 1690, tf' 1 *'

(8) Nouveau Voyage d'Italie, dont la meilleure édition est celle de la Haf e »en 1702, trois volumes in-12. Addijfony a ajouté un quatrième volume»auquel Mijfon n’a eu aucune part. On a encore de ce dernier le Thèâtí*sacré des Cevennes, ou Récit des prodiges arrivés dans cette partie du I' 30 *guedoc , 6c des petits Prophètes, Londres, 1707, in- 8°, 8c Mémoire d’ u,tVoyageur en Angleterre, in-12. Miffon mourut dans ce Royaume le 16 J âirvier 1711. II a paru en 1779, à Londres, en Anglois, deux volumes í/2 ' 8 'qui ont pour titre : Tableau de la Société í> des mœurs en France , en Sus * 1 2 * 4 5 * 6 7b 1 * en Allemagne, avec des anecdotes concernant quelques personnages illustres■ &qu’on y lit fur les travaux 8c la vie privée de M. de Voltaire , est ce *y a de plus intéressant dans ce recueil. ( Journal Encyclopédique , toML Upartie III, p. 344, 34?. Bouillon , 1780, yi-i»).

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