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Tome deuxieme et dernier.
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A B L E A U X DE LA SUISSE.

lement pour avoir l’esprit saillant & inventif. On les dit-intéressés. Mais quel est le peuple aujourd’hui chez qui le«désir ardent des richesses n ait pas pénétré ?

Le luxe empêche le mariage dans plusieurs Cantons ,fur- tout dans les Gouvernemens plus ou moins aristo-cratiques , & fans une loi établie à Berne qui prescrit: 1 e mariage à tout citoyen , s’il veut prétendre aux Bail-liages , le goût du Célibat y deviendroit presque géné-ral. Ce que les peres donnent à leurs silles, lorsqu’ils les.marient, ne suffit pour ainsi dire pas au quart de leur en-tretien. Un mari se trouve chargé dune nombreuse fa-mille , indépendamment des dépenses extraordinaires qu’ilygst obligé de faire pour la parure , le jeu & les autres fan-taisies de fa femme, qui peuvent monter fort haut, si ellem'est pas raisonnable. De-là un grand nombre de jeunesgens aiment mieux ne pas se marier , que de s’exposer dansun pareil labyrinthe, parce que souvent l’héritage qu’ilsont en perspective à la mort de leurs peres , pourroit êtreconsommé d’avance ; d’autant plus que les peres font sou-went encore d’un âge au-dessous de. quarante ans , lors-

qu’ils marient leurs enfans. Le luxe (34) oblige îe richequi veut figurer, & l’homme à revenus médiocres, maisson égal au moins à bien des égards, & qui veut l’imiter,à craindre une famille nombreuse dont l’éducation con-sommeroit des revenus consacrés aux dépenses d’appareil ;& d’ailleurs s’il falloit partager son bien entre plusieurs en-fans , ils en auroient tous très-peu , & feroient hors d étatde soutenir le train de leurs peres. Quand le mérite estapprécié par la dépense extérieure , l’on se croit obligéde se mettre & de laisser ses enfans dans une situationpropre à soutenir cette dépense. De-là peu de mariages ,quand on n’est pas riche ; peu d’enfans , quand on est marié-Je ne parlerai pas ici des moeurs du Clergé, tant ca-tholique que réformé de la Suisse. On peut voir mes ob-servations à cet égard dans le premier volume de cet (3 5 ’)Ouvrage. J’observerai seulement qu 'Erasme (36) difo lCdes Chanoines de son tems : Omnes ejse volumus CanùruciiJedcanonicè vivere nemo. Ce désir avec son exceptiontaie ne subsisteroit-il pas encore en partie dans le siecle ounous vivons k

I I. Mœurs dans des Etats Démocratiques de la SuìJJè »

M. le Comte d ' Albo'n ( 1 ) a fait un superbe tableau desmœurs des trois premiers Cantons populaires, Uri } Schweit$_& Underwalderi. J’en détacherai quelques morceaux, aux-quels je joindrai quelques-unes des remarques que j’ai faitesdans le cours de mes voyages. « Dans un état où les ha-» bitans ne trouvent rien qui puisse exciter la cupidité, re-« muer les passions violentes, multiplier les besoins; où» l’on est sobre par nécessité, quand on ne le seroit pass> par tempérance ; où les mœurs font pures , les vertus» communes, les vices rares ; il se commet sans doute» peu de crimes, & le glaive de la justice n’a pas sou-» vent des coupables à frapper. Quand quelqu’un fe plaint,» d’avoir été volé , on trouve presque toujours que l’au-» teur du vol est un étranger vagabond qui, après avoir» reçu l’hofpitalité , ( les Suisses de ces Cantons fe font un» devoir & un plaisir de l’exercer ) a aussi mal reconnu les-, témoignages de la bienfaisance & de la charité. Si quel-« qu’habitant des lieux se rend coupable d’un larcin, on„ le traite avec la derniere rigueur. Le châtiment pour-ri roit-il être trop sévere envers un homme qui abuse si» indignement de la foi publique, & qui, pour obtenir» ce qu’il a dérobé, n’avoit besoin que de le demander/30 La plupart des habitations restent toujours ouvertes» quand la saison le permet ; quoique les maîtres soient» absens & vaquent à leurs occupations, à la campagne» & dans les villages , ils n’ont aucune inquiétude , au-» cune crainte. Les maisons ne peuvent être que très-dif-„ sicilement pillées : elles ont une bonne fauve-garde , la» probité des citoyens. Le crime, quelque léger qu’il« puisse paroître, est donc ici toujours grave. Les loix» pénales ne forment pas un objet considérable par le nora-» bre ; mais elles n’en sont que plus exactement suivies.N Tout scandale public , toute action qui lape les mœurs,

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ne restent jamais impunis, Une personne qui fait outrageà la fidélité conjugale est déclarée infâme aux yeux dela nation , elle subit la double peine, & de perdreses biens, ôc d’être à jamais flétrie par le bannissement»Un homme qui se seroit connoître publiquement po uCun yvrogne , seroit d’abord privé pour un temps del’usage du vin ; & si après cette punition il ne se coi"rigeoit pas, on le condamneroit à une plus longue priva-tion de cette même boisson. Le citoyen qui s’empot"teroit facilement & troublerait le bon ordre en p re "nant querelle , la loi l’oblige à garder les arrêts pl uSou moins long-temps, selon la grieveté de la faute. Q u01 'que les personnes ainsi condamnées n’eussent pas grandepeine à trouver les moyens de fe soustraire à la pl u-part de ces sortes de châtimens, cependant elles ne pensentpas à s’en affranchir, à les adoucir , à les abréger ; t antest profond & religieux leur respect pour les loix ! Ontrouveroit ailleurs peu de familles particulières ,sagement, aussi heureusement gouvernées que ce p' etl£état. Sans loix somptuaires , ils méprisent le luxe, ^se font gloire d’être simplement vêtus, grossièrementnourris , modestement logés. Les jeunes-gens n’aiment& n’ont rien de frivole ; ils regardent comme les p^ llSbeaux ornemens les armes qu’ils portent pour la P atr,e *La forme du gouvernement n’a jamais souffert d affdration, de changement notable dans ces trois anC j e, fCantons. Mais les mœurs y ont insensiblement deg 6néré de leur belle & antique simplicité. On regarde corn! ^fles auteurs principaux de cette triste décadence, les Oh^ciers qui servent chez l’étranger, & en rapportentgoût des amusemens frivoles, des maniérés trop p°^ eS& trop élégantes pour un peuple enclavé dans des m^^tagnes , & qui sort de son caractère, dès qu’il ce* 1

(54) Avis au peuple fur fa santé, par M. Tissot, tome I, p. d, 7,Paris , 1767 , tn- n.

(;;) Titres XXIX &* XXX.

(36) In Epijl. ,

(O Discours fur la Suisse, tome I, p. 47-yi, Neuchátel, 1 77 9 >

d'êtl 6

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