Band 
Tome deuxieme et dernier.
Seite
204
JPEG-Download
 

«z, TABLEAUX DE

Vertus, les vices, les usages , les modes, les jeux, les-amusemens de la nation Françoise , depuis les rems les plusreculés jusqu’à nos jours. Ce tableau est délicieux, ôc ilieroit à souhaiter qu’on en eût un pareil pour tous lesautres peuples de l’Europe. Mais en lisant Céjar sur lesGaulois f ôc Tacite fur les Germains , on observe qu’ils’est perpétué, comme par succession héréditaire dans les'descendans de ces peuples, plusieurs traits de leur carac-tère primitif. Ni le tems, ni les révolutions n’ont pu en-tierement effacer les premieres teintes du naturel natio-nal. On voit de même dans les Suisses des traces pluscu moins sensibles du caractère ôc des usages de leurs-'aïeux les Gaulois, les Helvétiens, les Allemands & les-Bourguignons.

Le paysan suisse retrace aussi dans ses moeurs ôc dans•ses habitudes non-seulement une partie de celles des an-ciens colons du pays , mais encore celles de ses voisins ôcdes étrangers avec lesquels il forme des liaisons. Sesmœurs dépendent même du Gouvernement dans lequelil est placé. Le paysan d’un Etat Aristocratique n aurat pas généralement cette roideur, cette fierté, ni même cet at-tachement pour la liberté qu’on remarque dans le paysande la Démocratie. L’un est plus docile, plus soumis, plussouple; l'autre est altier, orgueilleux de sa liberté, ôcsouvent même insolent, mais tous deux assez grossiers &ïustres. La différence du culte doit aussi influer fur lemoral des peuples. Une religion qui dans la multiplicitéde ses fêtes ôc de ses cérémonies, occupe les habitans pen-dant une partie très-considérable de l’année, ne doit pasfans doute faciliter le travail de la campagne, comme fe-ïoit le culte qui n’exige pas autant de devoirs religieux.

Le paysan, Touvrier dont le travail de la campagne n’estsuspendu tous les mois que pendant quatre ou cinq Di-manches , ont moins d’occasions pour se dissiper, ôc Tonfait de combien de vices Toisiveté peut être la source.

Passons maintenant à la description des sujets médiatsà immédiats de la Suisse. Je n’y garderai pas exactementTordre du local, en dirigeant les Bailliages suivant le rangqu’ils ont dans la sphere des différons Gouvernemens. 11régnera aussi une forte de désordre dans le développe-ment de mes Tableaux; ils en seront d’autant plus va-riés , en ce que je ferai passer rapidement le lecteur, ôcquelquefois fans qu’il s’en apperçoíve, d’une extrémitéde la Suisse à l’autre. Je suivrai la même marche dans ladescription que je donnerai des Usages , qui seront l’objetdu chapitre suivant.

Autrefois le Batave Civilis avoit (z) Tait le vœu bi-zarre de ne point se faire raser ni couper les cheveuxJusqu’à ce que les Romains fussent chassés des Gaules.Quelle fierté dans la réponse de YHelvétien Divico à■César (4) qui lui avoit demandé des otages pour sûretéde la paix qu’il vouloir traiter au nom de sa nation! Les

LA SUISSE .

Helvétiens (s) ont appris de leurs ancêtres a ne pas donnesdes otages , mais à en recevoir , <§C le peuple Romain neT ignore pas. Divico étoit d’autant plus fondé dans fa ré-plique altiere, qu’il avoit commandé (<5) les Helvétienslorsqu’ils avoient tué le Consul Lucius CaJJìus Longinus ,ôc fait passer son Lieutenant C ains Popilius ôc Tarméeromaine sous le joug c’est-à-dire, fous trois piques dis-posées en forme de potence. Ils leur impoferent la mêmepeine d’ignominie que les Samnites leur avoient fait souf-frir. Les descendans des Helvétiens n’ont cru leur liberteassurée que lorsqu’ils eurent forcé leurs ennemis & op-presseurs à leur abandonner toutes les possessions qu’iisavoient en Suisse.

Personne n’ignore que les sages Sénateurs de Berne (ontplus prompts ôc plus séveres à punir leurs égaux que leurssujets. En général, le ( 7 ) peuple du Canton de Bernen’est pas un peuple passionné ou sophistique, il est bon, Ha Thumeur tranquille , ôc un sens admirable.

La (8) gaieté régné chez le peuple du Pays de Vaui>les jours de fêtes font autant de jours destinés au chant ôc ades danses où de jeunes filles forment des ronds. Parmi lespeuples du Canton allemand de Berne , ces jours font em-ployés au repos ôc à des assemblées de village, dont l Qseul plaisir consiste à être assis fans rien faire. Tout cecitourne au profit des cabarets : le Dimanche est le jour oule peuple s’enivre, de même qu à Paris , à Londres , &■par-tout. La rudesse du caractère des Suifs allemandsse manifeste jusque dans leurs plaisirs. Voici ce qui s’ob-serve dans leurs bals. L’usage veut qu’une jolie fille, si ulne veut point passer pour imprudente, ne se laisse engag erà danser qu’après une résistance opiniâtre. Ses premierspas pour danser ont T air d’un enlevement, ôc ses effortspour se défendre présentent l’image d’un viol. Souvent deu*ou trois jeunes-gens se disputent à qui saura; elle se rend enfm?après de longs débats , d’où elle ne fort qu’aux dépens defa parure mise en pieces. En parlant de ces singuliers com-bats , dont la fille ôc ses parens font gloire, on dit dansle langage des villageois, os une fille a été bien dèchu eiun tel jour , ce qui veut dire quelle a eu les honneurs dela fête.

Les sujets de Berne , habitans de YArgeu ou de la partmallemande , font très-attachés à leur Souverain. Us ° nCle caractère moins vif ôc moins spirituel, mais plus raff sque ceux du pays de Vaud. Les uns ôc les autres ( QÏltaccusés d’être passionnés pour la chicane, ce qui occ^"sionne beaucoup de procès dont les Baillifs ne fout P aSordinairement fâchés.

Le faste ôc le luxe font aussi de plus grands progrès à^ sle pays de Vaud , que dans YArgeu , sur-tout depuisde riches Négocians de Genève ôc d’autres étrangers %ont acquis des Seigneuries considérables. Une (p) opd ration que , le Gouvernement de Berne fit, il y u cre^

(3) Tacit. Hist, lib. IV , cap. 6r , p. jïo (opéra cum animadveríîonibusÎTheodori Ryckii. Lugduni Batav., 1687, in-iz).

(4) Cœsaris Commentana de bello gallico, lib. I , p. 109, dans le recueil desHistoriens des Gaules 8c de la France, par Dom Martin Bouquet, Bénédictin,îomel, Paris, 1738, in folio, avec fg.

(5) Ita Helvedos d Majoribus fuis ìnflimos esse , ut absides accipere , non darefonsueverm , ejus rel populum romemum ejfe testem .

(6) L’an de Rome, 646, dans l’expédition des Cimbres 8c des Te u *

alliés des Helvétiens. jg

(7) Considérations fur le Gouvernement de Berne, par JeaSchaffhausen, p.79 , parmi ses Essais historiques. Berlin, 1781,

(8) Voyage historique 8c littéraire de M. de Sinner dans la Su ffidentale, tome II, p, 319, 32.0. Neuchâtel, 1781, in-8°.

(9) M. de Sinner , ibidem, tome I, p. 278 , 279.