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Tome deuxieme et dernier.
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TABLEAUX DE LA SUISSE.

sous lesquels, en tout tems, on peut aller à couvert dusoleil &; de la pluie & autres intempéries de s ai r : cejl-là ,-dit M. Robert, je crois } ce qui ne se trouve nulle partdans le monde. Outre cette rue principale, il y en a deuxautres qui lui font parallèles, & qui ne font gueres moinsbelles : elles ont auífi leurs portiques , ainíi que toutes lesautres. Cette ville a deux superbes Temples (5) ; le premierest moderne, fa façade ne le ce de pas à celle de la Boursede Londres; l’autre est gothique, mais néanmoins somp-tueux ôt plein de dignité : il est accompagné d’une ter-rasse de plus de cent pieds de hauteur, dont le pied estbaigné de la riviere, ôc qui sert de promenade publique.La vue s’étend de cet endroit au loin fur les glaciers,ê les montagnes toujours blanches de neige.

Au reste, la ville (6) de Berne est longue, mais peularge. Dans fa largeur elle fuit la forme de la prefquislequ’elle occupe, qui au commencement est si étroite, qu’ellene contient qu’une rue ; elle s’élargît ensuite, en forme deuxenfin trois & quatre, jusqu à cinq rues. Mais il faut con-venir que les rues y font larges, sur tout celle du milieuqui a l’avantage, comme la plupart des autres, d’être■coupée par un beau ruisseau, d’un bout de la ville à l’autre;ce qui sert à la tenir toujours propre. Les maisons y fonttoutes bâties de belles pierres de taille, à la réserve d’unpetit nombre dans les extrémités; & toutes ont des arca-des fur le devant, avec un beau pavé aussi de pierres detaille, & les devans des maisons font la plupart garniesde boutiques. Quanta la situation, le terrein s’élevetrès-sensiblement, dès la porte de Zurich, qui est à la pointede la prefqu’iíìe, à environ trois à quatre cens pas : maisensuite il est assez uni, du moins la pente en est insen-sible. La ville est fort élevée au-dessus de ì’Are, qui laborde de trois côtés par le seul effet de la nature. On aformé du quatrième, qui est celui du couchant, deuxrangs de fossés, avec des remparts à la moderne. Maisces remparts n ont guère d’autre objet que l’embellisse-ment & de servir de promenade; une partie des fosséssert à entretenir des cerfs. La porte par où l'on entre dansla ville de ce côté, est appellée par les Allemans, laporte Saint- Christophe , & par les François la porte deGoliath t parce qu’on voit dans une grande niche qu'o na pratiquée dans la tour, du côté intérieur, un colosse debois, ou grande statue, armé d’une épée & d’une pique, que

les uns prennent pour un saint Chriflopheij ), & les autt 03pour Goliath; & ce qui fait présumer que ces derniersont raison, c’est qu’on voit près de cette fontaine la statuede Davids armé d’une fronde, qui menace Goliath. J evais dire un mot des lieux, monumens & autres objetsles plus remarquables de la ville de Berne.

Le grand Temple , qui fut rebâti à neuf en 1420, 3un assez beau clocher qui est demeuré imparfait, q uo1 'qu’il soit d’une hauteur considérable. Du sommet de cettea la vue fur toute la ville & fur la campagne oe

tour, on

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environs, qui est fort agréable. II renferme la plus g rOÍcloche (8) qu’il y ait, dit-on, dans toute la Suisse : est fipefe 203 quintaux, fans ses appareils ; elle fut fondue 1 ast1611. Au-bas du clocher est la grande porte qui a ustlarge vestibule, où l’on voit le dernier Jugement, rept^“semé en sculpture à demi relief : ce vestibule est f 0rnld’une grande grille de fer. Dans le Temple on remarq ueles orgues, la table où l’on célébré la Cène, 8 c où 1 011baptise : cette table a été apportée de Lausanne, où est 0fervoit d’autel dans l’Eglife Cathédrale ; elle est de bea umarbre noir. Aux deux côtés de la voûte, on voyoit au-trefois suspendus divers drapeaux que les Bernois avoien cgagnés fur leurs ennemis. Près du Choeur on a dressé uslmonument à la gloire de Berthold , cinquième du now,Duc de Zeringen, qui fonda la ville de Berne en 1 j& qui mourut en 1218. Avant la réformation, ce g ratlTemple étòit un riche Chapitre de Chanoines so uS ^nom de S. Vincent , à la tête defquels étoit un P r ^ v ^! >

A côté de ce Temple est la plus belle terrasse qu’on p ulvoir bien loin; elle est revêtue de trois côtés, d’èp al ^ smurailles, de quelques cent pieds de haut, & l’° n J 5 ^promene fous plusieurs rangées de maronniers. D’un coton a construit des degrés de bois, couverts, pour decendre à une efpece dé fauxbourg nommé dhi-der-Mas 11 ?qui est au bord de la riviere. On montre à l’un des cot 0Sde cette terrasse un endroit où, le 25 Juillet i 6 f 4 ’, Utìétudiant (9) , emporté par son cheval aveugle, que û aUtres garçons de son âge avoient effarouché , se j etta .bas de la muraille, qui est pourtant à la hauteur d’app^ *le cheval fut tué fous lui. Quant à l’ètudiant, il enquitte pour deux jambes cassées, dont il demeura boh eU *le reste de fes jours : il ne laissa pas de continuer fes ^des, & il est mort Ministre à Çhietres, village p reS

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(5) Ces Temples, ainsi que le font ceux des Réformés de la doctrinede Calvin, font absolument nuds, si l’on fait abstraction de la Chaire,des bancs, chaises ou amphithéâtres, 8c n’ont ni statues, ni tableaux, niautels. L’Office se fait en langue vulgaire , & la priere s’y fait debout ouastis , car on ne s’y met jamais â genoux. Les hommes 7 ont le chapeaufur la tête. Souvent les deux sexes n’y font pas admis pêle-mêle, mais dansdes parties séparées. Les Ministres n’ont point de vêtemens, particuliersqui les distinguent, 8c ne font point célibataires. Lorsqu’ils font montésen chaire , on tend les chaînes dans les rues voisines du Temple , pour qu’ilne soit point interrompu par le passage des carrosses ou autres voitures. Onferme aussi à clef en bien des endroits les portes des églises pour éviter lesallans 8c les venans ; celles de la ville même le font aussi. Quant au chant,il n’y a point $e chœur; mais le Ministre entonne, 8c les assistans ensem-ble continuent àvec des livres notés,en faisant différentes parties, 8c l’orguecouvre le tout. Les Réformés ont proscrit les jours qui font d’abstinenceparmi les Catholiques. Ils n’ont que deux Sacremens, le Baptême 8c laSainte Cène. Celle-ci se fait quatre fois l’année. A l’une des extrémités duTemple est dressée une table couverte d’une nappe blanche, fur laquellefont déposées des assiettes 8c des tranches de pain fermenté, avec des'Soupes. Après que les Ministres ont mange' de ce pain & bu du vin des

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coupes, le peuple s’avance en file , 8c ils leur mettent en main unceau du pain en question. Ceux-ci le portent à la bouche, 8c re £° 1 'j> írensuite la coupe de particuliers qui la présentent à tous les a ®^ aC . S ’ ( j an sjouterai encore ici une observation. L’usage de l’orgue a été introduitles Temples du Canton de Berne ; mais il est défendu dans ceux du 3 {

de Zurich, où la rigidité des Ministres s’est refusée jufqu’à présent a

instrument harmonique pendant le chant des pseaumes, j c $,

( 5 ) Deliciœ IJrhis Bernes , AuSlore Gruner , Zurich ,1731, in- Zertna ^,

L’état 8c les délices de la Suisse, tome II, p. 67 8c fuiv. Bále» 1in-iz, avec sig. ^ ,

(7) Cette statue étoit dans l’origine celle de iûnt,Christophe, q u 3 j tlque du changement de religion, on ôta de la grande église où e ^ e ^On la défigura même ; Pensant que le saint portoit sor fes e P 3U ^ 0 luienlevé, 8c à la place de l’énorme bâton sur lequel il s'appuyait >donna une hallebarde à la main, on lui couvrit même la tete d uque, 8c on lui ceignit le côté d’un sabre. Tout ce détail se trouv

leá Délices de Berne, par Grouner , p. 413, 414. ^

(8) La cloche de Berne égale presqu’en grosseur celles d BrfuttVienne en Allemagne.

(9) Thibaut Weinzaepfiin.