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TABLEAUX DE LA SUISSE.
ARTICLE DIXIEME.
Canton de F ri b ou rg , Catholique > SC Arijlo-Démocratique. Armes de Sable, coupé d’ Argent.
Aj’ordre des lieux (i) ne réglé pas celui des rangs«ntre les Gantons; il faut faire un grand faut pour passerde celui de Bâle à celui de Fribourg, qui est le dixiemeentre les treize. II n’est pas fort difficile d’en marquer lesfrontières ; il est de toutes parts environné du canton deBerne, si l’on en excepte le seul passage d 'Ejlavayer ,qui est au bord du lac de Neuchatel.
En effet, de quelque côté que les Fribourgeois veuil-lent aller , ils ne peuvent sortir de chez eux que par ceseul endroit, sans passer par les terres de Berne. Il y amême des endroits dans le pays de Vaud, comme depuisMoudon jusqu à Avenche, où le canton de Fribourg estcomme enchâssé dans celui de Berne par de petites lan-gues de terre, qui fervent de communication, de la partieorientale du canton de Fribourg, à la partie qui esta l’oc-cident. Voici ce qui occasionna cette partition locale. Fri-bourg avoir renoncé en r 554 à la combourgeoisie deGenève, parce que cette ville venoit d’adopter les prin-cipes des Réformateurs. Mais quand les Bernois, deux ansaprès, fur le refus que le Duc de Savoie faifoit de rendrejustice aux griefs des Génevois, fe saisirent du pays deVaud , les Fribourgeois sc hâtèrent de leur côté de s’ap-proprier une partie de cette Province. Ils y furent invitésfous main par ceux qui, dans ces temps, craignoient pourle culte public de l’ancienne Religion. Les Communautésmonastiques fur-tout, qui prévoyoient le changementque de nouveaux maîtres imbus de la nouvelle doc-trine , ne tarderoient pas d’établir , avoient inspiré lamême frayeur à diverses Communes. Ces dispositions favo-risolent l’intërêt de l’Etat de Fribourg, que la politiqueavoir négligé. Ses domaines s’accrurent des terres de Rue,Romont, Châtel - Saint-Denis, Estavayer, Surpierre, &d’autres districts, qui étoient à fa bienséance. Quelquesdifférends que le partage de ces conquêtes fit naître entreles deux Républiques, furent terminés par l’interventiondes Cantons alliés.
Nous avons dit que le Canton de Fribourg étoir pres-que enclavé dans celui de Berne ; au levant & an couchantil touche les Bailliages de Morat & de Schwarzenbourgqu il poffede en commun avec Berne, & le lac de Neu-chatel. Sa longueur, du midi au nord, a plus d’onzelieues, & du levant au couchant, huit lieues ; & en d’au-tres parties il est plus refierré. La partie contre le cou-chant & le nord, est un fol plus uni que l’autre, & quiest fertile en grains & en fruits : on y trouve quelquesvignobles. L’autre partie est montueuse, mais riche enexcellons pâturages ; c’est-ià où se fait le fameux fromagede Gruyere. Les principales rivières de ce Canton font la
Sarine , en allemand Sanen i la Singìne , en allemands^ 72 'Jen , la Broyé , &c.
Frey bourg, Fry bourg, en françois Fribourg , & en latinFriburgiun est le nom de la ville capitale d’un des treizeCantons. Elle fut bâtie par Berthold IV, Duc de Zerin-gen, pere de Berthold V, qui fonda Berne en ij pi* * Fadate de la fondation de Fribourg précédé Tannée ii 7 ^>ainsi que je T ai observé à l’article de son GouvernementCette ville resta, après l’extinction des Ducs de Zeringen -fous la maison des Comtes de Kibourg, qui avoit héritéde leurs Domaines en Suisse, & passa ensuite sous la mai-son de Habsbourg. On peut voir les détails de son histoif edans les Annales Helvétiques.
La situation (2) de Fribourg est triste & sauvage ; descoteaux ( * ) sort élevés & des rochers Tenvironnent aTorient & au nord. La ville même est assise fur un rocherde pierre de grès, dont le sommet oriental est très-escarpé.La Sarine ou Sanen l’entoure de deux côtés. Tout carac-térise la barbarie du siecle de íà son dation. Dans les beauxjours de TEmpire Romain, les hommes s’établissoientdansdes lieux agréables ; on vivoit tranquille, on cultivoit sesarts, on connoissoit le commerce & les douceurs de lavie. Quand l’Europe se vit asservie fous le jong féodal ,chaque petit Seigneur, obligé de pourvoir à fa sûreté, &logea sur un rocher. Les fondateurs de Berne & de Fri-bourg chercherent des situations, où, selon la maniéréde faire des sièges dans ce tems -là, les villes qu’ils batisesoient fussent fortes par leur emplacement. La ville de Fnbourg, étant placée fur la ligne de séparation des deuxlangues, on y trouve un quartier ( la Bajse - FHie) , où ch acun parle allemand , tandis que le reste des habitans parfrançois ou patois. Ainsi les Fribourgeois font moitié Aisemands, moitié François. Les affaires se traitent en aisemand dans les conseils. Mais les peuples du Canton nSsavent gueres que le patois : ce dialecte est généralementen usage même dans la bonne compagnie, c’est celmtout le pays de Vaud parmi le peuple; il mérite latten.tion de ceux qui aiment ce genre de recherches. On Yreconnoît sensiblement la dérivation des mots de la lang uelatine, qui font devenus moins reconnoissables a in f^ Jque la langue françoisc s’est perfectionnée. En patoispays de Vaud, Je pain s’appele pan; un enfant, inf art ’les enfans appellent leur pere sennor , & leur mere donnTous ces mots font évidemment latins: les deux deriviennent de senior ct domina. La Chancellerie de Fn oest allemande, quoique généralement tout le mon >sache mieux le françois que Tallemand. ^
On appelle Fribourg en Uechtland ôu Nuchtlnn )
(,) L'Etat 8c les Délices de la Suisse, tom. III, p. ;8 - 6s, derniere édi-tion.
Leu, Diction.Hist. de la Suisse, torn. VII, P« 542 - - 39 Z.
Faaesi, Topogr. de la Suisse, torn. R. P* 5D'6j8.
Tseharner, Dict. Topogr. de la Suisse, tom.I, p. 190-Z03.
Fuesslin, Topogr. de la Suisse, tom. II, p. <>s - ir-, 8cc. fysuM(z) Sinner , Voyage dans la Suisse occidentale, tom. II» P* î* 1 ’
(*) Planches , u°. 43 , double, 51,6j, 139 & 160. *