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Tome deuxieme et dernier.
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TA B L E A U X D

suppose; & bailleurs, quand elle feroit du temps des Ro-mains , & qu’avec le temps les Idolâtres , convertis auChristianisme, en eussent fait 1’image de Sainte-Verene ,IPatrone du Chapitre de Zurzach, au Comté de Baden, &qui, suivant íà légende, rendit la santé à beaucoup de ma-lades, cette transformation partoit du même principe, quia fait dire à S. Augustin , dans fa Lettre ( 12) à PublicoL z,que lorsqu on conjacre ( 13 ) à P honneur de Dieu , les ido-les , les bois , on ne le fait que pour convertir à la vraieReligion les hommes sacrilèges SC impies .

Tous ces bains ont sept sources différentes, qui se trouventen divers endroits du bourg , au bord de la riviere. II y en "a même une qui est au milieu de la riviere; une entr’autresest dans un coin du bourg, ôc chaude à brûler la main, prèsd’un quartier de rocher, qu'o n appelle la pierre chaude ,en allemand der heijfesien. Celle qui fait le bain des pau-vres ^ passe pour être propre à rendre fécondes les femmesstériles» Les eaux de tous ces bains font chaudes au troisiè-me degré, ôc imprégnées de beaucoup de soufre, ôc d’unpeu d’aiun & de nitre. Leurs sources font toujours les mê-mes f fans croître ni décroître, toute la variation qu'on yremarque , c’est que , vers le commencement de Mai ôcde Septembre , elles poussent plus abondamment desfleurs de soufre, ce qui fait juger qu’elles ont plus dévertu dans ces temps-là. Ces eaux font bonnes à boireaussi-bien que pour le bain. Je ne ferai pas ici leur analyse :On peut lire les Traités qu’ont donné, fur leurs pro-priétés, Conrad Gefner , Rottingers , Scheuch^er , &c.Indépendamment des malades, de nombreuses compagniesviennent en été des villes voisines, particulièrement deZurich, dans ces bains, comme à un rendez - vous d'amu-semens. Le Lecteur voudra bien me permettre de lui offrirîci la description que Michel de Montaigne a faite de cesbains , dans le Journal (14) de son voyage en Italie , parla Suisse G P Allemagne en 1 J 80 & 15-81. Ce tableau ,comparé avec celui áu dix - huitième siécle , peut avoirson mérite aux yeux du Philosophe , sur - tout lorfqu’ilse rappellera que l’Auteur est celui qui, dans ses Essais ,s’est peint comme un Observateur qui a fait des réflexionsprofondes fur ce qui se passe dans l’efprit & dans le cœurdes hommes , & dans le commerce du monde. Voici letexte At Montaigne : « Bade , quatre lieues (de Ilomejsdans» le Frikthal ), petite ville, est un bourg à part oû font» les beings. C’est une ville Catholicque fous la protection» des hui ct Cantons de Souiffe, en laquelle il s’est fait plu-ie sieurs assemblées de Princes. Nous ne logeâmes pas en» la ville, mais audit bourg qui est tout au bas de la mon-» taigne, le long dune riviere, où un torrent plutôt,

» nommé Limaq , qui vient du lac de Zuric. II y a deux» ou trois beings publicques de couvers, de quoi il n’y a» que les pauvres gens qui se servent. Les autres en fort» grand nombre font enclos dans les maisons, ôt les divi-K se-t-on ôc départ & en plusieurs petites cellules parti-

E LA SUISSE .

» cuiieres > closes ôc ouvertes, qu’on loue avec les cham-» bres : lefdites cellules les plus délicates ôc mieux accom*» modées qu’il est possible, y attirant des veines d eaU» chaude pour chacun being. Les logis très-magnifiques»» en celui où nous logeâmes, ils’est veu pour un jour trois» cens bouches à nourrir. II y avoit encore grand comp 31 "» gnie quand nous y étions, ôc bien cent septante lists, si ul» fervoient aux hôtes qui y éteint. II y a dix - sept P oe '» les ôc onze cuisines, & en un logis voisin du nôtre, c ,n "» quante chambres meublées. Les murailles des logis so nc» toutes revêtues d’efcussons des Gentilshommes qui %» ont logé. La ville est au -7 dessus de la croupe, petite «-» très - belle, comme elles font quasi toutes en cette» contrée. Car outre ce qu’ils font leurs rues plus larg es

x ■ 1 - Or

» ôc ouvertes que les nôtres , les places plus amples ,

» tant de fenestrages richement vitrées par - topt, ils o0t» telle coutume de peindre quasi toutes les maisons p a£» déhors , ôc les chargent de defvifes qui rendent un tresj» plefant prospect : outre ce que il n’y a nulle ville ou 1» n’y coule plusieurs ruisseaus de fonteines , qui sont éle» vées richemant par les carrefours, ou en bois ou e °» pierre. Cela faict paroître leurs villes beaucoup plus e» les que les Françoises. L’eau des beings rend une odeut» de soufre à la mode d’Aigues - Caudes (1?) & autres» La chaleur en est modérée comme de Barbotan (ih) 0» Aiguës-Caudes , ôc les beings à cette cause fort dou» ôc pléfans. Qui aura à conduire des Dames qui se veU ^» lent beingner, avec respect ôc délicatesse , il l eS P e .

» mener là ; car elles font aussi seules au bain, qui ie ^» un très-riche cabinet, der, vitré, tour autour re ^

» de lambris, peint ôc planché très- proprement; 3

» des (17) sièges ôc des petites tables pour lire ou J» si on veut, étant dans le bein. Celui qui se ^ ein ^ e g

noers

» vuide ôc reçoit autant d’eau qu’il lui plaît ; & a ' £ ' 0 ^

» chambres voisines chacune de Ion bein, les promue» beaus le long dé la riviere, outre les artificiels d 3» nés galeries, ces beings font assis en un vallon com ^» dé par les côtés de hautes montaignes, mais tout» pour la plupart fertiles ôc cultivées. L’eau au ^ oir ^ fíC» un peu fade ôc molle, comme une eau battue, ^ q» au goût elle sent au soufre ; elle a je ne fç al fl ue 6» cure ( 18 ) de salure. Son usage à ceux du pays e P ^» cipalemant pour ce being , dans lequel ils se» neter (ip) Ôc soigner si fort, que j’ai veu les deux ^

» publiques par fois, qui sembloient être de pu s se n ^'

» qui en boivent à leur coutume, c’est un verre ou^ ^» pour le plus. On y arrête ordinairement cinq ^ ^» fepmaines; ôc quasi tout le long de l’eíté

» quentés. Nulle autre Nation ne s’en ayde, °u s foU-

» que f Allemande ; & ils y viennent à fort g ran ^

» les , ôcc. Ôcc. ». Je ne copierai pas plus loin e ^Montaigne, qui a décrit ensuite la coëffure du 6de Baden, ôc le cojlume des Suisses de son temps»

(n) Epistola XLVIÏ.

(13) Idola, Luci, in honorem Del convertuntur, hoc de illis fit, q uo dde hominibus , qu u m ex sacrilegis & impiis veram teligionem conver-tuntur.

( 14) Avec les Notes de M. de Querlon, tom. I, p. 6 1 ' 66 , Rome 8c Paris,1774, z/z-n , aveçsig.

(15) Eaux thermales, fur la montagne d’Ossau en Be'atru(>6) Eaux thermales, dans le Comté d’Armagnac.

(17) Avec.

(18) C’est-à-dire, est acidule , piquante.

( 19 ) Ventouses.