4-8 TABLEAUX DE LA SUISSE.
ARTICLE DIXIEME.
L E Bailliage SC Comté de M O R A T , de la Religion Reformée.
v-^e Baillage confine (i) au levant avec le Comté d’Arberg& le Bailliage de Laupen, de la Jurîsdiction de Berne; aucouchant avec le Bailliage d’Avenche, quieíì aussi de la dé-pendance de Berne; au midi avec Xancien territoire de laville de Fribourg, & au nord avec le Bailliage d’Erlachou de Cerlier, qui appartient à la ville de Berne.
Le Bailliage de Morat a près de quatre lieues en lon-gueur & en largeur. II est agréablement situé, & très-fer-tile en vins, en bled , en prés & en fruits. J’ai décrit (2)ailleurs le lac de Morat , qui a deux lieues de long fur unede large, fur lequel la ville de Morat a la Jurîsdiction, &qui communique au lac de Neuchatel par la Broyé. Cettexiviere sortant du lac de Morat, forme un canal d’une lieuede long , & va se jetter dans celui d’Yverdun, autrementde Neuchatel. Cela fait qu’on a dans Morat un assez grandcommerce, puisque, par ce canal de communication , onpeut aller de Morat dans le lac d’Yverdun, Le par ce der-nier lac, à Yverdun, à Neuchatel, & de là dans le lac deBienne, & ensuite de ce lac dans l’Are & dans le Rhin. Aubord septentrional du lac de Morat, & à l’occident du ca-nal de Broyé 9 on trouve un grand marais, qui touche leslacs voisins, & qui a bien quatre lieues de tour. Quand laBroyé est débordée , ce marais est tellement inondé, queles trois lacs n’en font qu’un ; & il y a grande apparencequ’anciennement tout ce terrain n’étoit qu’un lac. Ce ma-lais , qu’on appelle en allemand Das moos , sert de pâtu-rage aux Communautés voisines. II ne seroit pas impossiblede le dessécher, mais il faudroit bien de la dépense. Cepen-dant on en seroit dédommagé par le terrain que l’on ga-gneroit.
Le lac de Morat, en latin lacus Morateiijìs ou Mura-zerifis ,, & en allemand Murter-Se'e , a fur se s bords, pref-qu’au centre de la côte méridionale, la ville de Morat,capitale du Comté ou Bailliage de ce nom, que les Can-tons de Berne & de Fribourg possèdent en communM. Walther , de Berne , dérive (3) le nom de Morat , enallemand Murten , de fa situation marécageuse; il prétendqu onl’appelloit dans le sixième siécle Moratte, qui doit avoirfa racine dans le mot allemand Morast, en français Marais ,
& en flamand Moer. Je trouve dans les (4) actes du Conciled ’Agarnie en Valais, convoque en si6 par Sigifmond,■Roi de Bourgogne, pour le rétablissement de ce Monastère,que ce Prince lui donna, entr autres possessions, Curtis
Muratto. Cette ville est nommée dans les Chroniques (y)du onzième siécle , Cajlrum ou Castellum Murtena , oUMurtuna , ou Murat. M. JFalther opine aussi que le n ° mallemand Wistelach , qu’on donne à une presqu’ifle forméspar les lacs de Neuchatel & de Morat, & par la riviere deBroyé, qui, en sortant du lac de Morat, va se jetter danscelui de Neuchatel, signifie Wujle Lachen , c’est-à-di rSles Lagunes , la Mare , ou la partie fangeuse du lac. CeSavant ajoute, que la quantité d’arbres ensévelis fous l’e aUdu lac, dans la partie qui se nomme le Moos, ou le terrai 11du marais , indique assez quelle étoit la nature de ce pas Sdans les anciens temps.
Le Bailliage de Morat appartenoit à Jacques Comte dsRomont, de la Maison de Savoye. Mais ce Prince ayantpris le parti de Charles, Duc de Bourgogne , contre le*Suisses en 147; , les deux villes de Berne & de Fribourgs’emparerent de ses terres, & gardèrent ce Bailliage avecceux de Grandson & d’Echalens. Les autres Cantons, st uíavoient aussi soutenu la guerre contre le Duc de Bourgo"gne, répeterent leur part dans le partage des conquêtes.Mais en 1484, ils cédèrent leurs droits fur Morat, Grand-son , Echalens & Schwarzenbourg, aux villes de Berne& de Fribourg, par un Traité conclu à Munster en ArgeU,pour la somme de vingt mille florins. Depuis ce temp§,ces deux Cantons envoient alternativement à Morat uslBaillis avec le titre à'Avoyer.
On se sert indifféremment, dans ce Bailliage, des languiallemande & franco!fe. La plupart des villages ont, p aCcette raison , deux noms divers , l’un allemand, 1 aUtrefrançois. Autrefois la langue françoife l’emportoit de beaircoup fur 1 allemande , Lc dans la ville de Morat & dans
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Bailliage. Mais depuis soixante - dix ans environ , r eSnois ont travaillé à y faire prévaloir la langue allemanils ont même obligé quelques villages Romands , au no^
& à Torient de Morat, de recevoir cette langue ; & ^
les Tribunaux tout se traite en allemand. Au reste tle Bailliage est de la Religion Réformée. La ville derat, en particulier, à eu des Réformateurs François rtr’autres le fameux Guillaume Farel. La Réformatio 11
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acceptée à Morat en 1730, à la pluralité des voix,présence des Députés de Berne & de Fribourg-avoient été envoyés pour présider à cette décision. Fe^du Bailliage suivit bientôt après. L’efprít (6) d’m P
(1) Leu, Dict. Hist.de ia Suisse , tom. XIII, p. 484- 49 ?-L’Etat blés Délices de la Suisse, tom.I, p. 336 * 349 ; derniere Edition.David Herrìiberger , Topographie de la Suisse, tom. I» p, ^ -Z, Zu-rich, 1754; in- 4 °. En allemand , avec fig.
Faeji, Topographie de la Suisse, tom. III, p. 47 ° -48J.
Tscharner , Dict. Geog. de ia Suisse , tom. II, p* 66-68.
Fuesstia , Topographie de la Suiste , tom» IV, p. 108 - 11(a) Tom. I, Section IX, Voye\ aussi k Flanche n°. 174
Wstoire & c0Ílí *
(;) Antiquite's Celtiques, pour éclaircir la plus ancienne tintitution del’Helve'íie , p. 7. Berne , 1785 , i/z-rS®. en allemand.
(4) Gallia Chrisliana nova , tom. XII, Instrumenta> P- 4 2 - 1 ' 1 ^ 0 *
(5) De Hermann le ContraS !, & de Hepidann. Il y a auffi Ia V1rat , en latin Miratum, en Auvergne.
(6) Lettres de M. Coxe fur la Suisse, avec les Observationstom.II, p. j87,Paris, 1781, in- 8°.
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