A B L E A U X DE
LA SUISSE.
journée, par des fêtes 6c des cavalcades (*) de réjouissan-ce : cette bataille se donna le même jour 22 Juin, que lesBernois avoient gagné la victoire à Laupenen 1335), furk ligue de la Noblesse. Lune & l’autre de ces journées■étoit décisive : oncombattoit pro avis 6? focis. Plusieurs■Historiens Suisses' & Etrangers ont décrit la bataille deMorat, où Charles éprouva,pour la seconde fois, la valeurde la Nation Helvétique. Nous ne prétendons point dimi-nuer la gloire qu’y acquit René II , Duc de Lorraine ;niais les Historiens François, qui ont dit qu il commandoitLarmée des Alliés , 6c que les Suisses lui attribuent laprincipale part du succès de la journée, n’étoient pas bienInformés. Commines se contente de dire que ce Duc,chassé de ses Etats par le Duc de Bourgogne, vint en Suisse,6c íè trouvait la bataille de Morat avec peu de gens. ScAil-Jisigy historien Bernois , qui vivoit du temps de cette guer-re , 6c dont le récit porte le caractère de la vérité, dit quece Duc de Lorraine, suivi des Comtes de Bitsch 6c de Li-nanges, 6c de deux cent Lances ,'arriva devant Morat peud’heures avant la bataille, le matin du 22 Juin, jour àJamais mémorable. Le Comte de Thierstein avoit auslìamené deux cent lances du Duc d’Autriche au secours desSuisses. L’avant-garde de l’Armée étoit fous les ordres deJean de Halweil, de Berne, le Corps de Bataille fous ceux/ de Jean Jj^aldmann^ Bourguemaître ,de Zurich ; Cas-:.par de Htrunflein , de Lucerne, commandoit le corps deréserve. Cette ( ** ) bataille sot plutôt une déroute qu’uncombat. Les Bourguignons, attaqués de toutes parts, pri-rent la fuite après une légere résistance : un grand nombrese noya dans le lac ; d’autres qui s’étoient réfugiés fur lesarbres d’aîentour , furent tués fans défense. Comminesestime le nombre des morts de larmée de Charles à 18000hommes. Toute cette guerre se sit avec tant d’acharrìement,qu’il n’est pas fait une seule fois mention de prisonniers ;tout ce qui ne put se sauver périt par le fer, ou se noya.
Larmée du Duc étoit de soixante mille hommes; il enavoit détaché une partie, le 23 Mai, pour aller investirMorat. Ces troupes arrivèrent devant la ville le 24, &ache-verent de l’investir le lendemain. Le Duc ne leva son campde Lausanne que le 27, & prenant, avec le gros de sonarmée , une route détournée, il alla camper à Morain ,près du lac. Le mardi 4 Juin, ce Prince s’avança jusqu’auchâteau de Beaulay , campa le 7 à Montot , près d’Esta-vayé, en partit le 9 avec son armée, campa à Avenche ,le 1 o à Faug près de Morat, ôt entra dans le camp de Mo*xat le lendemain. Jacques de Savoie , Comte de Romont,dtoit campé avec huit mille hommes au nord de la ville,
Antoine , bâtard, de Bourgogne , près du lac avec trentemille ; le Duc occupoit les hauteurs avec le reste de so starmée.
Les Bernois & les Fribourgeois avoient jette dans M-O"rat, les premiers, quinze cens hommes fous les ordres duChevalier Adrien de Bubenberg , & les Fribourgeois, centhommes fans ceux du Noble Guillaume (***) d ’Affsï’Les Auteurs contemporains donnent de grands éloges à kíàgesse 6c au courage d’Adrien de Bubenberg. Ayant eu avisque fa garnison étoit prête à se mutiner, il publia une Or-donnance , par laquelle tout soldat seroit tenu par son ser-ment de passer au fil de l’épée toute personne qui ténioi-gneroit la moindre irrésolution sans exception de rang*Ce fut le 1 6 Juin, que les Bourguignons donnerent 1 as-saut à la ville de Morat; le combat dura quatre heures, &fut opiniâtre. Ils furent repoussés, après avoir perdu pksde mille hommes. Dans ces entrefaites,les Alliés joignirentpeu à peu l’armée de Berne & de Fribourg, qui s’étoitavancée à Laupen 6c à Gumminen pour défendre leursponts. Les Confédérés s’avancerent jusqu’à UlmitOformoient un corps (iy) de trente mille hommes d'insen-terie & de quatre mille chevaux. Ils résolurent, dans ustconseil de guerre, d’attaquer les Bourguignons. Le Duc deLorraine joignit larmée peu d’heures avant la bataille,
après avoir fait une diligence incroyable.
On voit encore à Morat, en quelques endroits des murrailles, les breches des coups de canon. Quand on consi-dère aujourd’hui l’état des murailles 6c des fortificationsde Morat, il est inconcevable comment elle put tenir têtsà une armée comme celle du Duc de Bourgogne. Mais kforce d’une ville ne consiste pas tant en ses fortifications»que dans une bonne garnison, 6c dans le courage de f eShabitans. Morat avoit seize cent Suijses pour fa défense ; &■d’ailleurs, il s’en falloit beaucoup qu’on entendît alors 1 a£Cde prendre les villes comme on l’entend aujourd’hui. Ajou-tons encore, pour une derniere réflexion, qu'il ne faut p eu£être pas juger de l’état où étoient les murailles de Afo-ratj en fan 1476', par celui où elles sont aujourd’hui. L etemps consume toutes choses, 6c trois cens ans ou environ, peuvent bien les avoir un peu endommagées. Onvoit dans 'la Maison-de- Ville le portrait du Duc de B° urgogne 3 c’est le même qui fut trouvé dans la tente de c ePrince. II y paroît à demi-corps, la tête presque ra >comme celle d’un Moine, 6c avec un air très-fíer.
A un quart de lieue de Morat , on voit fur le grand chemin d’ Avenche , cette Chapelle (1 6) si célébré chez eSuisses, où sont renfermés les restes de l’armée de Char
{*) Ptanche , n°. ioo.
( ** ) Planche , n°. i S/.'Vus de Morat 8c de ses environs d’après le plan■perspectif de cette ville, aílìégée en 1476, par Charles Duc de.Bourgogne;Flan que Martin .Martini grava à Fribourg en 16 op , 8c dédia à LaurentWetly, Conseiller d’Etat de cette République. Le Plan original offre sin-
vestiísement de Morat, les opérations du íiege, & toute la manoeuvre de laBataille.
( *** ) Voje\ son portrait gravé » à la Planche n°. 107.
Guillaume d’Affry , qui avoit défendu Morat avec Adrien de Bubenberg,fut depuis Avoyer au Bailliage de cette ville, au nom des deux Etats eo-Souverainsès années 1481 • t4®4.
( 15 ) Mémoires de Commines , !iv. V, chap. ;»
Tsckschtlan , Mémoires manuscrits du temps >/oh 7°7«
(16) Cette Chapelle est percée à jour des quatre côtés, & ferméesgrilles de fer: le nombre des ossemens donr'elle étoit autrefois pleins > ^
diminué. Le Voyageur François anonyme , qui écrivoit en 178 1 i e j 3fur la Suisse, (tom. If, p. 4?, 4 6 ), a fait l’Observation suivants
A
• -“-ju-, \ . r- t* 5 -r** j 5 * -- fâ déçu 1 '
Chapelle des Bourguignons. II m’a paru Ji surprenant que des os exp Jtant d'années à toutes les influences de Vair , aient pu se conserver s ^ * Susses ten poudre , que faim mieux penser, qu à mesure qu ils se pulvérisent ,
des os
do
pour éterniser le souvenir de leur viâloire , ont soin de regarnir ce charnier ^rSleurs Cimetìeres. Mais n*en déplaise à l’Observateur, c’est bien de
le caractère Suisse, que de lui prêter une vanité auffi étrange, ^ £ â it íîle croire porté à employer l’artifice pour perpétuer le souvenirmémorable, 8c tant de fois cité dans les histoires de l’Helvetie.
..i^nsurlare ^ 5
lV oici la reponse d’un Suisse à M, le Baron de Zwt <•